On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Une « souriante maternité »
Qui apprécie encore les tableaux d’Elisabeth Vigée-Lebrun ? Le nom de cette portraitiste, qui connut de son vivant une gloire exceptionnelle, n’est plus aujourd’hui familier qu’aux amateurs de l’art du XVIIIe siècle, qui ne se laissent pas rebuter par une peinture souvent considérée comme sentimentale et mièvre. « Mme Vigée-Lebrun ne se lasse pas de fixer sur ses toiles sa souriante maternité » écrit Simone de Beauvoir qui, dans le dernier chapitre du Deuxième Sexe, s’appuie sur l’exemple d’Elisabeth Vigée-Lebrun pour montrer que, jusqu’au XXe siècle, les femmes artistes ne font pas preuve d’autant de génie que leurs condisciples masculins, faute d’une éducation adéquate. Néanmoins les images de cette « souriante maternité » ne sont pas complètement tombées dans l’oubli. Les autoportraits de Mme Vigée-Lebrun avec sa fille Julie servent d’illustrations à des ouvrages d’histoire et tous les visiteurs du musée du Louvre ont eu l’occasion d’apercevoir en reproduction un autoportrait de Mme Vigée-Lebrun avec sa fille sur un présentoir à cartes postales .
Une œuvre à succès : les Souvenirs de Mme Vigée-Lebrun
L’indifférence relative dans laquelle est tombée depuis le XIXe siècle l’œuvre d’Élisabeth Vigée-Lebrun est cependant compensée par le succès des Souvenirs que l’artiste rédigea à la fin de sa vie et fit paraître en 1835. Née en 1755, Élisabeth Vigée-Lebrun meurt en 1842, à l’âge de 87 ans, au terme d’une vie bien remplie. Elle a connu les fastes de la cour sous le règne de Louis XVI puis les affres de la Révolution, l’exil, d’abord en Italie puis en Autriche et en Russie. De retour en France en 1800, elle tente de faire revivre cette « douceur de vivre » dont parle Talleyrand à propos de la fin de l’Ancien Régime, mais en vain : son art est démodé, son salon et sa société ne sont plus aussi brillants qu’à la veille de la Révolution. Les goûts et les modes ont évolués et la peinture de Mme Vigée-Lebrun, comme son mode de vie, apparaissent désormais désuets et maniérés. Elle vit dès lors -après deux voyages en Angleterre et en Suisse- à Louveciennes, entourée de deux nièces et d’amis fidèles, qui l’encouragent et l’aident dans la rédaction de ses Souvenirs .
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