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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Gounod, illustre et méconnu
[lundi 24 août 2009 - 16:00]
Musiques
Couverture ouvrage
Charles Gounod
Gérard Condé
Éditeur : Fayard
1090 pages
Résumé : A la fois biographie et analyse de l'oeuvre, le Gounod de Gérard Condé renouvelle complètement notre connaissance d'un grand musicien français.
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Supposons un instant – supposition nullement absurde, vu son long et curieux détour par Londres au début des années 1870 – que Charles Gounod (1818-1893) soit mort sujet britannique. Il serait au panthéon des compositeurs anglais. Les chercheurs disposeraient d'un catalogue thématique de son œuvre, d'une édition complète de sa correspondance, d'un Gounod Studies annuel ou semestriel où publier leurs travaux. Une édition critique de sa vaste production musicale serait depuis longtemps en chantier à Oxford University Press ou chez l'un des grands éditeurs de musique allemands. Les mélomanes disposeraient d'enregistrements, non seulement de tous ses opéras, mais d'une intégrale de sa musique religieuse et de ses mélodies, tandis qu'un festival Gounod permettrait d'entendre ses partitions les moins connues. Mais revenons à la réalité. Gounod est bien mort citoyen français, et d'ailleurs en pleine gloire, consacrée par des funérailles nationales. Malheureusement, depuis quelques décennies, les Français n'aiment plus la musique française. On a donc pris l'habitude de considérer Gounod comme une espèce de " bon bourgeois ", comme l'écrit Claudel dans une correspondance récemment publiée (il aurait bien fait de se regarder dans la glace), indigne de l'intérêt d'une avant-garde bien pensante, au nom d'une idéologie du progrès musical qui irait de Beethoven à Wagner, de Wagner à Schoenberg, de Schoenberg à Varèse et à Webern et de ces derniers à Boulez. Gounod n'est pas, tant s'en faut, la seule victime de ce discrédit, mais c'est l'une des principales. Il n'existe, bien entendu, ni catalogue thématique, ni édition critique, ni correspondance à part quelques recueils isolés et peu accessibles  . Si les enregistrements de Faust et de Roméo et Juliette ne manquent pas, si – par bonheur – on en dispose depuis peu de La Reine de Saba et de Polyeucte, Le Médecin malgré lui, Philémon et Baucis et La Colombe n'existent que sous forme d'extraits (d'ailleurs épuisés dans le cas des deux premiers). De La Nonne sanglante, de Cinq-Mars, du Tribut de Zamora, non seulement il n'en existe aucun enregistrement, mais tandis qu'à Pesaro, à Catane, à Bergame le moindre des opéras de Rossini, de Bellini ou de Donizetti est traité avec le respect qui leur est dû, aucun festival en France ne s'intéresse à ces œuvres maudites. Si certaines des mélodies conservent une certaine popularité, qui, à part l'auteur du livre dont nous allons parler, peut se targuer de connaître la musique religieuse de Gounod, ses oratorios, sa musique de chambre ? Quant au Panthéon justement, dont Berlioz s'est naguère vu fermer la porte au nez, gageons, au point où en sont les choses, que les « rockeurs » des années soixante, pâles importateurs d'une culture populaire commerciale, ont plus de chance d'y entrer un jour que les compositeurs qui ont été l'honneur de la musique française.

Titre du livre : Charles Gounod
Auteur : Gérard Condé
Éditeur : Fayard
Date de publication : 15/05/09
N° ISBN : 978-2-213-63249-0
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