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critique à nonfiction.fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

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[jeudi 20 août 2009 - 13:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Le Lièvre de Patagonie
Claude Lanzmann
Éditeur : Gallimard
557 pages / 23,75 € sur
Résumé : Dans une langue somptueuse, le cinéaste Claude Lanzmann livre les mémoires d’un homme et d’un siècle habités par la passion et hantés par la violence.
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Le scandale de l’inscription et de la survivance éhontées des indices de l’extermination dans le monde contemporain est au principe du film Shoah. Claude Lanzmann en fit très tôt l’expérience. En 1947, alors qu’il étudiait Leibniz outre-Rhin, il fit la connaissance de Wendi von Neurath, la nièce de Konstantin von Neurath . Après un repas au domaine des von Neurath, Claude et Wendi se baladèrent dans la propriété familiale : "L’après-midi de cette journée, Wendi m’entraîna à travers le domaine et, sans que rien, nulle frontière, nulle marque, nul signe, ne l’eût annoncé, je me trouvai au cœur d’un camp de concentration, avec châlits de bois superposés, enfilades de latrines, une potence, des fouets, des vêtements rayés, des sabots de bois, un désordre immense mais encore lisible. C’était le camp de concentration de Stuttgart-Vaihingen, le premier que je rencontrais, bien connu aujourd’hui des historiens, qui ne le cédait en rien à d’autres plus célèbres, par la dureté et la cruauté des conditions de vie des détenus"  Ce surgissement de la réalité concentrationnaire au sein du paysage le plus bucolique constitue à la fois le moteur et le propos, l’éthique et l’esthétique du film Shoah. Comment ne pas songer ici aux premières phrases de Nuit et Brouillard, qui décrivent très exactement ce retour intempestif du concentrationnaire à la surface du monde paisible : "Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher, peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration...". Le texte de Jean Cayrol prend acte de la compossibilité, dans une archéologie indifférente à la mémoire, du champ de fleurs et des barbelés. Olga Wormser-Migot, historienne qui fut au centre de la conception de Nuit et Brouillard, fit une remarque similaire à son retour d’une mission en Pologne. Dans un article de France d’abord du 28 août 1946, publié sous le pseudonyme de Fanny Vergen, elle met en garde contre le recouvrement de la mémoire par la volonté d’oubli, symbolisé par les fleurs qui tapissent à nouveau la terre des camps d’extermination : "Encore ! vont dire les blasés, ceux pour lesquels les mots "chambre à gaz", "sélection", "torture", n’appartiennent pas à la réalité vivante, mais seulement au vocabulaire des années passées, vocabulaire à ranger au "décrochez-moi ça" de la Résistance. Oui, il faut encore en parler avant que les bleuets d’Auschwitz (aussi bleus que ceux des blés de France) aient absorbé toute la cendre humaine d’où ils surgissent" . Lanzmann est également très sensible au devenir topographique et architectural des lieux, dont les différentes strates constituent le feuilleté de notre existence. Des cafés disparus de Saint Germain aux étendues désertées et maquillées de Belzec ou Sobibor, une angoisse liée au réagencement des lieux par le temps et les hommes se fait jour : "Permanence et défiguration des lieux sont la scansion du temps de nos vies. Je l’ai vérifié autrement, dans le désespoir, pendant la réalisation de Shoah, lorsque je fus confronté aux paysages de l’extermination en Pologne. Ce combat, cet écartèlement entre la défiguration et la permanence furent alors pour moi un bouleversement inouï, une véritable déflagration, la source de tout." 

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3 commentaires

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Titus Curiosus

18/09/09 16:11
Bravo pour ce superbe article qui dégage magnifiquement l'essentiel de cet "immense" livre, majeur ! (pas seulement par ses 546 pages ! si densément inspirées !).

Sur mon blog http://blogs.mollat.com/encherchantbien/
pour la librairie Mollat à Bordeaux,

j'ai consacré 7 articles, cet été, au "Lièvre de Patagonie" (dont l'exergue est emprunté à l'épouse de mon cousin Adolfo Bioy, Silvina Ocampo) :

les voici ;
vous y retrouverez beaucoup de ce que l'article d'Ophir Lévy a si bien "dégagé" :

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/07/29/la-joie-sauvage-de-lincarnation-letre-vrais-ensemble-de-claude-lanzmann-_-presentation-i/

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/08/13/la-joie-sauvage-de-l%E2%80%99incarnation-l%E2%80%99%E2%80%9Detre-vrais-ensemble%E2%80%9D-de-claude-lanzmann-_-quelques-rencontres-de-verite-ii/

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/08/17/la-joie-sauvage-de-lincarnation-letre-vrais-ensemble-de-claude-lanzmann-_-la-necessaire-maturation-de-son-genie-dauteur-iii/

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/08/21/la-joie-sauvage-de-lincarnation-letre-vrais-ensemble-de-claude-lanzmann-_-dans-limminence-de-la-fulguration-selon-la-loi-et-le-mandat-de-loeuvre-iv/

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/08/29/la-joie-sauvage-de-lincarnation-letre-vrais-ensemble-de-claude-lanzmann-_-lamplitude-du-souffle-et-le-gout-toujours-du-bondir-v/

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/09/03/la-joie-sauvage-de-lincarnation-letre-vrais-ensemble-de-claude-lanzmann-_-le-film-nord-coreen-a-venir-breve-rencontre-a-pyongyang-vi/

http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/09/07/la-joie-sauvage-de-lincarnation-letre-vrais-ensemble-de-claude-lanzmann-_-dans-lecartelement-entre-la-defiguration-et-la-permanence-la-haut-jeter-le-harpon-vii/

Titus Curiosus, ce 18 septembre
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Félix

24/08/09 11:50
le plaisir intense de la lecture du Lièvre de Patagonie se trouve ravivé par votre texte superbe. Merci pour cette "critique".

Mais une question me taraude : Claude Lanzmann ne dit pas explicitement pourquoi il fait "Shoah". j'ai une idée mais
Votre avis m'intéresse
Cordialement
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zorg

22/08/09 20:11
hommage justifié à un auteur remarquable.Le livre foisonnant de Claude Lanzmann est en effet passionnant

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