Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Lorsqu'on aborde l'histoire contemporaine de la Pologne, l'antisémitisme est souvent présenté de façon caricaturale comme une forme d'atavisme. Les Polonais seraient antisémites comme ils boivent de la vodka, par nature. Depuis une vingtaine d'années, de nombreuses critiques sont ainsi régulièrement formulées à l'encontre de ce pays , que ce soit suite à l'affaire du Carmel d'Auschwitz, lorsque des Polonais tentèrent, en 1985, de gommer la spécificité juive du lieu en y installant une imposante croix chrétienne de 7m de haut (comme lors de la visite de Jean Paul II, en 1979), ou plus récemment, au tout début du XXIème siècle, lorsque le monde entier à réalisé qu'en juillet 1941, c'étaient des Polonais qui, de leur propre initiative, avaient assassiné et brûlé vifs plus de 1600 de leurs voisins juifs.
Dans son livre structuré en une quinzaine de chapitres, Jean-Yves Potel évoque bien entendu la plupart des polémiques récentes. L'évolution des connaissances au sujet de Jedwabne est ainsi excellemment restituée dans le second chapitre puisque ce fut, comme le précise l'auteur "le plus grand choc mémoriel de ces années" (p.34). Toutefois, bien au-delà de la restitution des débats autour de différentes affaires dont les échos atteignirent d’ailleurs la plupart des pays occidentaux, l'auteur mélange habilement des chapitres plus généraux, que ce soit sur les historiographies séparées (chap.3) ou la responsabilité de l'Eglise catholique (chap.13), avec des chapitres abordant la façon dont se constitue aujourd'hui le travail de mémoire, avec une discussion très pertinente de "l'avenir d'Auschwitz" (chap.11) ou l'importance des événements de "Mars 1968" dans l'histoire des relations judéo-polonaises (chap.12).
Le lecteur francophone sera sûrement étonné en découvrant l'importance de l'antisémitisme, en 1968, lorsque de nombreux Juifs sont fortement incités à quitter le pays et parfois bannis. Ce n'est d'ailleurs que depuis mars 2008 que ces Juifs expulsés ont le droit de rentrer en Pologne (p.193). Jan Gross, figure incontournable des études sur l'histoire des Juifs en Pologne, faisait partie des intellectuels critiques du régime qui furent emprisonnés en 1968. Exilé aux Etats-Unis, il est devenu un sociologue et historien de renom (en poste à Princeton), auteur, en 2001, du premier livre sur le massacre de Jedwabne et plus récemment du livre Fear: Anti-Semitism in Poland After Auschwitz, deux ouvrages auxquels Potel se réfère. Le second, La Peur, fait d'ailleurs l'objet du chapitre 13 dans lequel Potel traite du pogrom de Kielce, commis par des Polonais en juillet 1946 contre des Juifs qui avaient été libérés des camps de la mort.
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