Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Les impressionnistes, peintres engagés ? Dans les années 1860, la jeune peinture apparaît comme un mouvement de contestation esthétique ; parallèlement, l'opposition républicaine se fait entendre contre le Second Empire. L’historien américain Philip Nord observe une convergence des deux phénomènes, qui fait de la politique un prisme séduisant pour analyser le développement de la peinture moderne et définir ses caractéristiques fondamentales. S'interrogeant sur le caractère novateur, voire "révolutionnaire" de la nouvelle peinture, il replace les évolutions du mouvement impressionniste dans le contexte de la France impériale et de la Troisième République. Il étudie les opinions des membres du groupe, leur réseau de mécènes, de critiques progressistes, et l'influence qu'eurent les débats du temps sur l'évolution des relations entre les différents artistes.
Les impressionnistes : des républicains sous le Second Empire
Dans son livre –publié en 2000 aux Etats-Unis-, Philip Nord constate la coloration républicaine du mouvement impressionniste dès le Second Empire. L'impressionnisme apparaîtrait alors comme une peinture d'opposition. Certains indices semblent pourtant ténus : voir dans l'opposition au système d'organisation du Salon, présenté comme le bras armé de la politique culturelle impériale, un engagement politique progressiste est peut-être excessif. En revanche l'auteur convainc lorsqu'il rappelle que les jeunes peintres en butte aux mandarins étaient soutenus financièrement par le réseau républicain. Les critiques qui s'engagèrent en faveur de leur peinture publiaient dans des journaux d'opposition : les contestataires politiques offraient ainsi une caisse de résonance à l'avant-garde esthétique.
Après la Commune, vis-à-vis de laquelle nombre d'artistes impressionnistes – en dépit de leur réputation de communards et d' "intransigeants" – se tiennent prudemment à distance, les peintres se rapprochent du régime républicain. Ils ne bénéficient pas cependant des largesses du régime. Ils se font les témoins des évolutions sociales, mettant en scène les nouvelles élites, parmi lesquelles leurs mécènes comme Charpentier ou Cernuschi. Mais pas plus qu'il ne faut imaginer un engagement républicain fervent et public des Impressionnistes, il ne faut croire que commandes publiques et achats pour les musées nationaux se multiplient brusquement. La nouvelle peinture ne s’impose pas comme l'esthétique officielle du nouveau régime ; d'ardents républicains défendent en effet une forme de libéralisme culturel concordant avec la domination croissante du tandem marchand-critique dans la sphère artistique . Renonçant à l'attaque frontale contre la logique du Salon, les peintres contournent alors les jurys en s'appuyant sur les galeries privées et en organisant à partir de 1874 des expositions indépendantes.
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