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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le dogme et la politique
[mercredi 15 juillet 2009 - 15:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Le pape et le diable. Pie XII, le Vatican et Hitler : les révélations des archives
Hubert Wolf
Éditeur : CNRS
339 pages / 23,75 € sur
Résumé : Un ouvrage équilibré et documenté qui réévalue la politique du Saint-Siège à l’égard du nazisme.
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Au fond, ce problème de l’articulation entre la diplomatie et le dogme manifeste deux exigences contradictoires : l’affirmation de la doctrine catholique contre l’idéologie nazie, qui prend la forme absolue d’une vérité ; la volonté de maintenir les relations avec un gouvernement reconnu, qui prend la forme relative d’une opportunité. Par l’étude des procédures de mise à l’Index d’ouvrages condamnés, Wolf montre que les thèses nazies font l’objet d’une ample discussion entre 1934 et 1937, aboutissant au résumé des propositions contraires à la doctrine catholique. Mais ces travaux préparatoires ne peuvent être publiés sans condamner explicitement Mein Kampf et son auteur, chef d’un gouvernement reconnu par le Saint-Siège et soutenu par une partie des fidèles. La solution adoptée est une forme de compromis, élaboré dans l’encyclique Mit brennender Sorge du 10 mars 1937, qui condamne la doctrine nazie, sans mentionner ni Hitler ni son livre. Le compromis politique avec le gouvernement allemand n’entraîne donc pas la reconnaissance tacite de l’idéologie nazie, bien au contraire. Mais ce désaccord doit s’exprimer par des voies détournées pour ne pas heurter la diplomatie vaticane, atteignant la clarté du message lui-même.

Par ses conclusions, par la richesse d’une documentation de premier ordre, par l’équilibre de ses analyses qui tiennent à égale distance anathèmes et absolutions, le travail d’Hubert Wolf doit être salué pour sa contribution à une lecture renouvelée de l’histoire du Saint-Siège à l’heure des totalitarismes. L’absence de conclusion, toutefois, ne permet pas d’apprécier toutes ces qualités. Une synthèse des réponses qu’apporte l’ouvrage sur la question complexe des relations du Saint-Siège avec l’Allemagne nazie aiderait à mieux saisir l’apport qu’il représente. Mais davantage qu’une interprétation définitive du sujet, il se présente plutôt comme un rapport d’étape appelant d’autres travaux, complétant la vision romaine par une vision allemande, la vision curiale par une vision ecclésiale. Par là s’achèverait un cycle, synchronisant le rythme de la controverse à celui de l’enquête, annonçant le dévoilement progressif d’une des questions les plus débattues de l’histoire du XXe siècle.
 

 

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