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Il faut rendre constructifs les zones inondables [et] sortir du respect passif d'une réglementation de plus en plus pesante. 
Nicolas Sarkozy, lors d'un discours sur le Grand Paris, 29 avril 2009.

Dans le prologue de son livre majeur, Condition de l’homme moderne (1958), Hannah Arendt rapporte la façon assez stupéfiante dont a été accueilli en 1957 le lancement dans l’espace d’un satellite qui, pendant des semaines, "gravita autour de la Terre conformément aux lois qui règlent le cours des corps célestes, le Soleil, la Lune, les étoiles" . La réaction immédiate, telle qu’elle s’exprima sur-le-champ, ne fut pas – comme on aurait pu s’y attendre – une réaction d’orgueil ou d’admiration pour la puissance de l’homme et sa formidable maîtrise, mais bien plutôt une sorte de soulagement de voir accompli, comme l’écrivit alors un journaliste américain, le premier « pas vers l’évasion des hommes hors de la prison terrestre » – comme si l’humanité avait été jusque-là, pour son plus grand malheur, rivée à la Terre.
La banalité de la phrase, commente Arendt, ne doit pas nous faire oublier qu’elle était, en fait, extraordinaire , "car si les Chrétiens ont parlé de la Terre comme d’une vallée de larmes et si les philosophes n’ont vu dans le corps qu’une vile prison de l’esprit ou de l’âme, personne dans l’histoire du genre humain n’a jamais considéré la Terre comme la prison du corps, ni montré tant d’empressement à s’en aller, littéralement, sur la Lune". Et de conclure par cette interrogation : "L’émancipation, la laïcisation de l’époque moderne qui commença par le refus, non pas de Dieu nécessairement, mais d’un Dieu Père dans les cieux, doit-elle s’achever sur la répudiation plus fatale encore d’une Terre Mère de toute créature vivante ?"
La vue de la Terre à distance et la capacité qu’elle suggère de vivre dans les conditions complètement artificielles renforcent ainsi le sentiment de notre "aliénation par rapport à la Terre" (Earth-alienation) à la faveur de ce qui a été vécu comme une véritable libération technologique. Le regard jeté d’en-haut sur la bille bleue nous a fait perdre de vue que la Terre est "la quintessence même de la condition humaine" .
Il se pourrait que l’une des urgences auxquelles nous confronte l’époque soit de parvenir à réinvestir les lieux de notre séjour – notre domicile, notre ville, notre région, notre pays, notre territoire, notre espace, etc. – en vue de déterminer les conditions renouvelées d’une habitation, ou, comme il est devenu d’usage de le dire, d’un habiter qui soit à la mesure de l’homme.
C’est à cette tâche que se consacrent depuis de nombreuses années Thierry Paquot et Chris Younès, respectivement professeur de philosophie à l’Institut d’urbanisme de Paris XII et professeur à l’ENS d’architecture de Paris-La Vilette et à l’ESA, dans le cadre des activités du Réseau Philosophie Architecture Urbain (PhilAU) fondé en 1984. Le présent volume recueille les travaux présentés lors du séminaire mensuel qu’ils ont organisé entre 2007 et 2008, portant sur "Les territoires des philosophes", au cours duquel la plupart des penseurs majeurs du XXe siècle ont été tour à tour interrogés par différents chercheurs sous l’angle de leur capacité à fournir des concepts pour penser la situation contemporaine de l’homme dans le monde.
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abbé Vivienne