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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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L'arbre comme lieu de mémoire
[jeudi 09 juillet 2009 - 12:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'Arbre en Occident
Andrée Corvol
Éditeur : Fayard
369 pages / 23,75 € sur
Résumé : Rêverie érudite sous les frondaisons.
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« Côme monta jusqu’à la fourche d’une grosse branche, où il pouvait s’installer commodément (…).
– Oui mais moi, je ne descendrai pas.
Ainsi parla Côme. Et il tint parole ».

Dans le Baron Perché, d’Italo Calvino  , Côme Laverse de Rondeau, douze ans, monte dans un arbre pour échapper à une énième infamie culinaire de sa sœur. Il ne redescend pas de sa vie, meurt pitoyable, tragique et admirable, accroché à une montgolfière. Ce roman m’ayant  propulsé pour de fugitives années à l’assaut des cimes, au sein des branches, au contact des écorces, avant que quelques occupations plus sérieuses ne me rappellent sur terre, c’est avec impatience que j’attendais de lire l’ouvrage de la spécialiste reconnue de l’histoire des forêts et des arbres, Andrée Corvol, directrice de recherche au CNRS, intitulé L’arbre en Occident.

Ceux qui, le dimanche, préparent et huilent une voiture familiale pour se rendre dans ce qu’on ose encore appeler une forêt – Fontainebleau, Ermenonville, et pourquoi pas même Bois de Boulogne ou de Vincennes – ne trouveront pas dans cet ouvrage la moindre allée bien tracée, le moindre chemin dessiné, une quelconque ingénierie sylvestre pour se guider à travers un ouvrage touffu. Le livre colle à son objet, et les chapitres sont autant de bosquets foisonnants, à travers lesquels le lecteur voyage et se perd dans l’histoire millénaire d’un compagnon ancestral.

370 millions d’années d’histoire

L’ouvrage d’Andrée Corvol est un ouvrage de sciences sociales non identifié (une sorte d’OSSNI, donc), tant son érudition abat les limites les plus reconnues : s’agit-il d’une histoire des sciences ? d’une biologie historique ? d’une anthropologie conjointe de l’objet et du discours scientifique sur l’objet ? Les chapitres se succèdent et ne se ressemblent pas, délimitant des parcelles aux essences très différentes. La première partie, déstabilisante, n’est rien moins qu’une biologie historique, une histoire accélérée de 370 millions d’années d’évolution pour arriver à comprendre la naissance de ce que nous concevons aujourd’hui comme un « arbre », et que l’auteure définit comme « les plantes qui fabriquent de la lignine »  , lointain descendants re-formés de l’arbre ancestral, archaeopteris. Bien téméraire sera le promeneur qui bravera ces premières pages sans y accrocher un vêtement ou érafler un bras, tant chaque mot se présente comme un tissu végétal infranchissable – vascularisation, épigénèse, gymnospermes, dessiccation – malgré un glossaire très complet.

Passée l’épreuve initiatique, ce trajet qui mène d’une clairière bien familière à un sous-bois menaçant, le lecteur apprivoise et adopte un rythme de promenade prudente. La deuxième partie brosse presque 10 000 ans d’histoire religieuse et culturelle, maniant mythes, récits primordiaux et Écritures saintes pour mener l’enquête, répondre à cette question : quelle était la place de l’arbre dans les sociétés occidentales ? Circulant avec une aisance confondante entre les cultures grecques, romaines, égyptiennes, syriennes, celtes, Andrée Corvol amène le lecteur à oublier miettes et petits cailloux, et, tel le Petit Poucet, à perdre le chemin du retour. Partout, l’arbre tient une place fondamentale, dans son unicité comme dans sa diversité, arbre fruitier et nourricier, protecteur, qui donne la vie et symbolise la mort de l’homme à travers sa propre longévité. De Gilgamesh à Hercule, en passant par Remus, Moïse ou Zeus, l’auteure tire la substantifique sève des mythes pour donner à voir la place fondamentale de l’arbre dans toutes ces sociétés : « C’est (…) à l’ombre des arbres que les dieux étaient conçus ou instruits »  , «… l’arbre était célébré comme expression de renouvellement »  .

Titre du livre : L'Arbre en Occident
Auteur : Andrée Corvol
Éditeur : Fayard
Date de publication : 25/03/09
N° ISBN : 2213643083
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1 commentaire

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Ah ça !

18/11/09 20:14
Voilà bien une jolie critique... !

Dommage qu'on ait eu à évoquer ce misérable Eliade.

Mais enfin, de la poésie, on accepte tout, n'est-ce pas Genet ?

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