Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Sous la plume de Claire Chatelain, les mots aux consonances barbares comme « douaire », « préciput », « mariage léviratique » ou encore « fidéicommis » deviennent aussi familiers que le sont mariage, PACS, concubin ou compagnon. Cette docteure de l’EHESS livre ici une très belle étude des réseaux de parenté dans la société de l’ancienne France.
Elle s’est intéressée à une famille liée au Parlement de Paris : cette institution n’avait aucun point commun avec ce qu’on appelle aujourd’hui le Parlement. Il s’agissait en réalité une chambre de justice. Ses membres, les juges ou magistrats, étaient qualifiés de parlementaires et rendaient la justice au nom du roi. La famille Miron trouve donc ici son historienne. Claire Chatelain a en effet étudié la façon dont ce lignage à l’origine composé de médecins de l’ouest de la France réussit à se hisser aux plus prestigieuses fonctions du Parlement de Paris mais aussi aux plus hautes charges de la Couronne. Elle ne se contente pas de retracer l’ascension de certains membres de cette famille mais prend également en compte les parents qui ont moins bien réussi, voire échoué. L’intérêt de cette étude tient à ce qu’elle présente les dynamiques sociales (ascension et descension) de l’ensemble des branches d’un lignage, c'est-à-dire d’une parenté prise au sens large du terme.
L’économie des liens familiaux aux XVIème et XVIIème siècles
Le livre de Claire Chatelain nous fait connaître les évolutions sociales et économiques d’une famille sur plusieurs générations. L’histoire sociale se trouve incarnée en l’espèce dans des personnages que l’on suit au gré des soubresauts et des crises du royaume de France entre le XVIe et le XVIIe siècle, depuis les guerres de religion jusqu’aux temps sévères du cardinal de Richelieu.
C’est toutefois une véritable analyse de la famille qui est ici présentée. Claire Chatelain s’intéresse à l’exercice des réseaux de parenté, c'est-à-dire aux stratégies et aux utilisations que les membres faisaient de leurs parents. Dans la société française du XVIe siècle, la famille était en quelque sorte le premier cercle d’intégration de l’individu. Il n’existait pas en dehors d’elle. Porter le nom d’une famille véhiculait une réputation, un honneur ou un rang. La famille ne constituait pas seulement un réseau de solidarité dans lequel les plus riches ou les plus favorisés portaient secours aux moins chanceux mais un cadre qui imposait des règles aux individus, comme celle de la fidélité à son lignage.
Cette étude met en valeur la place de l’univers familial dans le fonctionnement des sociétés des XVIe et XVIIe siècles. Le mariage, par exemple, faisait l’objet d’un véritable marché dont les acteurs étaient à la fois des vendeurs et des acheteurs de l’honneur ou de la richesse d’une autre famille. Les couples se formaient en fonction du niveau de fortune, de la place dans la hiérarchie sociale, ou de la proximité d’un lignage avec le roi.
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lecariste