Une histoire de l’individu entre lignage, famille et parenté
[lundi 06 juillet 2009 - 09:00]
Histoire
Chronique d'une ascension sociale. Exercice de la parenté chez de grands officiers (XVIe-XVIIe siècles)
Claire Chatelain
Éditeur : Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
La famille et les dynamiques sociales dans la France de l’Ancien Régime
Les femmes apparaissent dès lors comme de véritables facteurs d’ascension sociale. À travers le lignage auxquelles elles appartenaient et le capital financier ou symbolique dont elles jouissaient, elles donnaient une valeur à une union ou une alliance. L’auteur emploie l’expression « pacte de famille » pour qualifier la propension des lignages à veiller sur les mariages afin de garantir le retour d’une dot au patrimoine familial si l’union envisagée ne produisait pas de fruits, c'est-à-dire des descendants.
Leur place dans la société se révèle ainsi primordiale et bien au-delà de ce qu’une historiographie a longtemps laissé entendre. En réalité, analyser la place et le statut des femmes dans les sociétés d’Ancien Régime est une difficulté de tous les instants car ces dernières se sont tant métamorphosées qu’il semble périlleux d’en donner une image précise : l’historien doit parfois emprunter à l’anthropologie pour les saisir.
Après avoir présenté dans une première partie les différents rameaux du lignage, leurs liens et leurs évolutions, Claire Chatelain livre ensuite une analyse des enjeux d’alliances à travers les mariages, la transmission des patrimoines fonciers mais également les nombreux échanges d’offices et de prêts entre les différentes branches. Elle se penche enfin sur la transmission des biens et la valeur symbolique des maisons ou demeures familiales. Elle peut ainsi nuancer la conception habituelle du droit d’aînesse. En effet, loin d’être une règle systématique et automatique, celui-ci apparaît bien plus comme le signe d’un repli du lignage sur lui-même à différents moments, marquant ainsi sa fragilité.
L’ouvrage de Claire Chatelain met en évidence les évolutions des dynamiques sociales sur une longue période. Des tendances se dessinent et des usages sont dévoilés sans pour autant masquer ou atténuer les trajectoires individuelles sous le poids du groupe. En creux, la question du rapport entre l’individu et la société est à nouveau posée mais avec les termes de l’époque et en évitant de plaquer sur le passé des interrogations contemporaines. L’ouvrage souligne la contradiction entre la montée en puissance de l’individu à cette époque et son impossibilité à sortir complètement du réseau familial dans lequel il était enserré.
Au final, ce livre propose une belle analyse d’une partie la société française d’Ancien Régime. Il repose sur une documentation ample, sans tomber dans le travers de la citation de sources que l’auteur n’aurait pas vues. Le tout dans un style abordable, simple sans être simpliste et complexe sans être compliqué. Cet excellent ouvrage illustre le renouvellement de l’historiographie de la famille et la fécondité de l’histoire sociale
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lecariste