Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Jean-Michel Besnier propose ses réflexions sur le défi que posent à l’humanité ses propres créatures, dont les performances la dépassent et finissent par la rendre inutile. Malheureusement, il le fait dans un ouvrage mal bâti, où les redites abondent, dont il ne ressort aucune thèse claire, et où le sens critique semble parfois manquer. Ces réserves étant posées, son essai garde le mérite de présenter les utopies qui agitent les milieux technophiles, dans le contexte intellectuel de la modernité tardive.
L’appel des utopies
Jean-Michel Besnier se place d’emblée à l’extrême des perspectives scientifiques qui s’ouvrent à l’humanité. Afin d’anticiper les prochaines prouesses du génie biologique, il passe en revue tous les rêves des scientifiques qui tentent de refaire l’homme, rêves dont certains ont commencé à se concrétiser : organes artificiels, cyborgs (organismes biologiques améliorés par des machines), intelligence non biologique…
"Les développements technologiques laissent augurer une relève de l’humanité par quoi nous serions dispensés de naître, de souffrir et de mourir. On reconnaîtra ici les trois ingrédients des prophéties transhumanistes qu’on entend énoncer dans l’environnement des centres de recherche axés sur des programmes du type NBIC (nanosciences, biotechnologies, sciences de l’informatique et sciences cognitives). […] Le transhumanisme dessine un avenir où le corps n’aura plus sa part, ni non plus aucun des déterminismes (psychobiologiques ou sociaux) qui nous enchaînent à la nécessité et font de nous de simples données naturelles. Le fantasme de l’homme remodelé, puis intégralement autofabriqué, fait plus que jamais partie de l’imaginaire d’aujourd’hui."
Corollaire des perspectives ouvertes par les utopies technologiques, Jean-Michel Besnier entend en finir avec la morale des Lumières et ses présupposés substantialistes. La conception d’une humanité coupée du reste de l’univers empêche de prendre en compte correctement les nouvelles réalités créées par les techniciens. "La rupture [est] devenue nécessaire avec une conception monadique (c’est-à-dire fermée) du sujet humain, telle que les Grecs aussi bien que Kant l’ont illustrée." Il entend ainsi passer à un principe d’intédermination radicale.
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