On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Si l’œuvre de Derrida a trop souvent joui d’une certaine méfiance ou d’une relative indifférence en France, elle a suscité aux Etats-Unis une des plus violentes disputes philosophiques du XXe siècle. Par l'évocation de cette controverse philosophique, Raoul Moati cherche à nous faire comprendre les enjeux proprement philosophiques qui se dessinent derrière ce dialogue impossible, ou en tout cas jamais véritablement entamé (il s’est toujours fait à distance et s’est brutalement interrompu) entre John Searle et Jacques Derrida. Le mérite de ce livre (le premier en français sur cette dispute) est de venir apporter des éclairages décisifs sur les malentendus qui ont nourri ce coup d’éclat, malentendus qui venaient illustrer des prémisses argumentatifs radicalement différents.
Les configurations philosophiques propres aux deux traditions philosophiques incarnées par Derrida et Searle viennent apporter des éclairages et lever le voile sur la richesse de deux traditions opposées, et venir ainsi enrichir notre compréhension de notions bien ancrées dans la philosophie comme celles d’intentionnalité, de communication, de sujet énonciateur, etc.
Rappelons quelques faits essentiels qui permettent de mieux comprendre l’enchaînement de cette dispute : Derrida présente au Congrès international des Sociétés de philosophie de langue française une communication intitulée "Signature, événement, contexte" qui cherche à analyser, suivant en cela le geste de déconstruction déjà entrepris dans ses textes précédents, les prémisses métaphysiques de ce que la théorie anglo-saxonne, au travers des théories de John Austin, appelle les speech act (la théorie des actes de langage). Searle, élève d’Austin et continuateur de son travail théorique, s’offusque de ce texte portant atteinte au maître, auquel il reproche son côté abscons et confus. Dans un texte polémique intitulé "Réitérer les différences", Searle entreprend de critiquer le texte de Derrida. S’ensuit une large réponse ironique de Derrida qui vient clore ce premier débat .
Ce qui frappe le plus dans cet échange, c’est sa virulence, et l’impossibilité apparente de tout terrain d’entente entre deux traditions ayant pris des chemins différents. Raoul Moati rappelle ainsi la violence de la réponse de Searle : "Cette dernière (la réponse de Searle) n’aspire en rien à l’ouverture d’un dialogue avec un adversaire, elle tend bien plutôt à le ridiculiser. Searle se réclamant d’une filiation indiscutée à Austin, veut défendre le théoricien d’Oxford et préserver sa théorie de la vision tronquée qu’en donnerait l’analyse déconstructrice de Derrida." Nous avons donc, d’un côté, la déconstruction ayant fait son entrée, surtout dans les facs littéraires américaines, et, de l’autre, la philosophie analytique anglo-saxonne, bastion des facultés de philosophie aux Etats-Unis. Alors que Searle cherche à préserver la pureté hermétique de sa tradition, Derrida, au contraire, cherche à ébranler les frontières étanches de celle-ci en entamant une nouvelle lecture de la philosophie d’Austin.
1 commentaire
A.M.
Depuis quand Searle est-il anglais ?