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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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La libération des femmes s’est-elle faite par le snobisme ?
[dimanche 28 juin 2009 - 17:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les dames de Femina. Un féminisme mystifié
Colette Cosner
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
308 pages / 19 € sur
Résumé : Histoire d’une revue destinée à « la Femme » de la Belle Epoque.
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La Belle Epoque apparaît comme une période paradoxale au regard de l’histoire du genre et des femmes. Le féminin y émerge d’abord d’un XIXème siècle qui l’a corseté dans l’idéal bourgeois : de la jeune oie blanche élevée en pensionnat à la mère dévouée puis à la femme mûre et charitable, les mêmes qualités de réserve, de timidité et de charité étaient attendues du sexe qu’on disait alors faible. Les femmes se voyaient cantonnées dans ce modèle à la sphère du privé, au monde du sensible… On a assez écrit que ce long XIXème siècle marquait un hiver du féminin pour que cette idée fasse figure aujourd’hui de lieu commun. Or, c’est aussi à la Belle Epoque que l’enseignement secondaire pour jeunes filles produisit ses premières têtes bien faites et bien pleines, que les Françaises usèrent de la loi Naquet qui rétablit le divorce en 1884 en cas de faute, que le répertoire des professions féminines s’allongea de quelques pages… Que retenir de ces histoires qui semblent cheminer parallèlement, celles de la stéréotypisation du féminin et de l’émancipation des femmes ? La question – comment vivaient les femmes à la Belle Epoque ? – est bien faite pour corriger la myopie de notre rapport à l’histoire ; nous lisons spontanément le passé comme un tout cohérent, là où il faudrait insister sur la coexistence de formes sociales anciennes et de nouveaux paradigmes dans une période donnée. En consacrant une monographie au bimensuel Femina, sur une période comprise entre 1901 et 1914, Colette Cosnier, qui a surtout enseigné les lettres et est venue à l’histoire par la littérature, confirme l’hypothèse selon laquelle une époque n’est jamais parfaitement présente à elle-même. La publication qu’elle étudie très en détail marie en effet modernisme de principe et conservatisme bien compris : une recherche plus hâtive aurait pu insister sur l’un ou l’autre de ces aspects au détriment de la nuance.

Le premier numéro de Femina parut le 1er février 1901. Ce bimensuel fut lancé par un entrepreneur de presse à succès, Pierre Lafitte, éditeur de la série des Arsène Lupin de Maurice Leblanc et des Rouletabille de Gaston Leroux, qui redevint simple journaliste au Figaro et à Paris-Soir au lendemain de la Première Guerre mondiale. Comme plus tard – et avec une autre ambition – pour L’Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber, le « concept » d’une revue qui s’adressait à la Femme était importé des pays anglo-saxons, où des revues comme The Boudoir remportaient un succès réel depuis plusieurs années. Un an plus tard, Hachette allait du reste imaginer un concurrent à Femina sur le même modèle en créant La Vie heureuse, revue féminine qui décernait chaque année un prix littéraire – il prendrait son nom définitif de prix Femina quand la revue éponyme serait absorbée par Hachette, en 1919. La lectrice de Femina – comme celle de La Vie heureuse – ressemblait peu aux Françaises de la Belle Epoque, puisque les abonnées se recrutaient essentiellement dans les familles fortunées de Paris ou de Province. L’étude de ce bimensuel aurait donc pu autoriser une approche à plusieurs échelles – histoire des élites sociales de la IIIe République triomphante, histoire des femmes et du féminisme, histoire de la presse enfin – mais Colette Cosnier se borne volontairement à « dégager différentes images des femmes » à la Belle Epoque, ce qu’on peut parfois regretter.

Titre du livre : Les dames de Femina. Un féminisme mystifié
Auteur : Colette Cosner
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Archives du féminisme
Date de publication : 03/04/09
N° ISBN : 2753508127
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