On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Silvio Berlusconi a presque gagné la guerre. Le constat s’avère rude pour Massimo Giannini. A 46 ans, le vice-directeur du quotidien italien La Repubblica, reste un irréductible : les changements provoqués par l’arrivée au pouvoir de l’entrepreneur milanais sont selon lui une catastrophe pour son pays. Ces dernières semaines, le journaliste a de nouveau multiplié les éditoriaux et les articles pour dénoncer les nouvelles dérives du berlusconisme, entre l’affaire Valentina et le scandale des escort girls. Un activisme qui a eu peu d’influence : le Popolo delle Libertà (PDL), au pouvoir depuis 2006, a largement remporté les élections européennes et Silvio Berlusconi demeure très populaire dans son pays.
Cinq thèses
Lo Statista : Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo, , écrit il y a quelques mois par Giannini, n’a pas, lui non plus, provoqué une révolution. Il a, en revanche, eu un retentissement médiatique important et du succès chez les lecteurs. Les raisons sont certainement à rechercher dans le contenu de l’ouvrage : on est loin de l’antiberlusconisme primaire utilisé par une grande partie des opposants du Cavaliere. Réfléchi et argumenté, Lo Statista émet cinq thèses, certaines rarement évoquées, d’autres plus courantes :
1) Berlusconi est désormais un véritable homme d’État et plus seulement un aventurier venu à la politique pour défendre ses intérêts.
2) Son arrivée au pouvoir entraîne la démocratie italienne vers un totalitarisme post-idéologique.
3) L’entrepreneur milanais doit être plus que jamais pris au sérieux : derrière un style tapageur, Berlusconi applique des idées qui transforment en profondeur le pays, le tout avec l'approbation de la population.
4) Il y a de nombreux points communs entre le berlusconisme et le fascisme.
5) L’opposition n’a rien compris au fonctionnement de son adversaire et a largement contribué à toutes ses victoires.
Berlusconi fasciste ?
Il ne se passe sans doute pas un jour sans que Berlusconi et Mussolini soient comparés quelque part dans les médias. Giannini évoque ici la vingtaine d’années que les deux hommes auront passées à la tête de l’Italie. En clair, un "ministère Berlusconi" a bel et bien succédé au "ministère Mussolini". Pour le journaliste, les deux hommes se ressemblent : des tribuns hors pair, virils, maîtrisant la psychologie des masses. Des rêveurs pragmatiques, travailleurs acharnés qui sont parvenus à tout maîtriser, à commencer par les médias (les journaux pour le Duce, la télé pour Il Cavaliere).
Giannini prend le soin de rappeler que l’Italie des années 2000 n’est pas une dictature puisque "les partis de l’opposition sont vivants [et que] les journaux et les médias conservent [malgré tout] leurs fonctions critiques à l’encontre du gouvernement et de la majorité" . Mais il y a dans le berlusconisme le même fonds culturel que dans l’idéologie portée par Mussolini ("positivisme élémentaire, volontarisme néo-idéaliste et relativisme absolu" , et surtout la même volonté d’une "révolution conservatrice" ou "modernisation réactionnaire", ces oxymores utilisés par le pouvoir qui tente de répondre à des exigences opposées : "le besoin de sécurité et la recherche de l’éphémère, l’envie d’un État autoritaire et l’appel aux "esprits animaux" du capital, la protection sociale et la tolérance zéro pour les clandestins" .
Peut-on dire pour autant que Berlusconi est fasciste ? Giannini rappelle les fameuses déclarations du Cavaliere, notamment après la chute du gouvernement Prodi en 2008 : "Si nous n’obtenons pas de nouvelles élections, je pense que des millions de personnes se rendront à Rome pour les obtenir…", évoquant la marche sur la capitale des fascistes qui amena Mussolini au pouvoir. Mais il faut plus que ces "petites phrases" pour crier au retour de la peste brune. Giannini va (trop ?) loin en affirmant que "Mussolini était un homme politique avec des défauts calamiteux mais n’était ni affairiste ni pirate ; intellectuellement il valait ô combien plus que l’entrepreneur immobilier" . Mais où sont les arguments ? Le journaliste énumère certains points de vue, de gauche comme de droite, où Berlusconi est accusé de fascisme, tout en omettant de signifier son propre point de vue. Seule la conclusion du chapitre "Berlusconi il fascista" frappe le lecteur : aujourd’hui, en Italie, "la vérité des faits ne compte plus […] : il importe peu de savoir si le président de Conseil de mon pays a corrompu ou non un magistrat ou s’il a payé ou non des témoins pour échapper à une condamnation pour corruption" . Un constat édifiant qui ne signifie pourtant pas que Berlusconi soit une chemise noire.
Aucun commentaire