Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Silvio Berlusconi, l’Italie du XXIe siècle
[lundi 29 juin 2009 - 05:00]
Europe
Couverture ouvrage
Lo statista. Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo
Giannini Massimo
Éditeur : Baldini Castoldi Dalai
234 pages / 17,5 € sur
Résumé : Une critique du berlusconisme importante bien qu’inégale.
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Le Cavaliere reste néanmoins omnipotent en Italie. La gauche est décimée, les rivaux à droite sont neutralisés. Les hommes du chef du gouvernement sont placés aux postes-clefs, et "le Conseil des ministres s’apparente à un conseil d’administration"  . Son président en profite pendant ce temps pour imposer son désir d’autoritarisme au pays. Les hommes du parti xénophobe de la Ligue du Nord revêtent le costume d’ouvriers pour mener à bien cette "militarisation de la politique". Deux anciens socialistes, Maurizio Sacconi et Renato Brunetta, ont, eux, reçu la tâche de mettre au pas les syndicats, les plus féroces adversaires de Berlusconi, et ces "fainéants" (selon Brunetta) de la fonction publique, responsables, à en croire de la droite italienne, du déclin national.

Silvio, une "mère qui protège l’Italie"


Au final, le gouvernement Berlusconi maltraite tout, notamment les institutions : le Parlement, se retrouve ainsi bâillonné via un recours accru aux décrets-lois. Les expressions préférées du roi - "j’imposerai",  "je n’hésiterai pas"- constituent une autre illustration de cette manière de diriger. Pour Giannini, il n’y a aucun doute possible : un "régime" s’est mis en place, loué quotidiennement par les journaux télévisés.

La situation est donc grave. Pourtant, elle plaît aux électeurs pour qui Berlusconi est comme une "mère qui protège l’Italie"  . Lo Statista, même si Giannini ne l’affirme pas ouvertement, se veut un appel à la réaction du peuple. Et ce même si le journaliste reste pessimiste puisque "Berlusconi donne à son peuple ce que celui-ci lui demande" (page 139). Les dernières victoires électorales de la droite en sont une ultime preuve.

Les contre-pouvoir eux-mêmes n’ont plus la capacité de changer la donne. Certains ont même fait allégeance au président du Conseil. Le Vatican voit ainsi dans une alliance avec la droite la possibilité de retrouver son hégémonie. Berlusconi en profite, lui, pour faire une "OPA" sur le vote catholique. Giannini parle d’un nouveau Latran. A voir. Il s’agit surtout d’une nouvelle réussite du Cavaliere, même si l’affaire des escort girls de ces dernières semaines pourrait faire évoluer cette situation. Le monde économique, lui, est loin de prendre en considération ces scandales qu’il regarde de loin. Du reste, que pourrait-il faire ? Il est loin le temps où les Agnelli et consorts voulaient utiliser à leur guise l’entrepreneur milanais. Désormais ce dernier, comme l’explique parfaitement Giannini, a dompté le capitalisme italien, en s’emparant notamment de Mediobanca (sa fille siège au conseil d’administration), la plus prestigieuse banque du pays.

Où est la gauche ?

Mais le plus inquiétant se situe du côté des partis de gauche. Si son ouvrage est une critique terrible du système Berlusconi, la dureté contre l’opposition s’avère tout aussi affirmée chez Giannini: "la gauche s’agite, se tourmente, se débat. Mais elle compte pour (presque) rien".  . L’habileté politique de Silvio Berlusconi a évidemment joué pour arriver à cette situation, mais pas seulement. Au pouvoir avec Romano Prodi de 2006 à 2007, l’action de la coalition de l’Unione (rassemblant des partis allant de l'extrême gauche au centre) s’est transformée en désastre. Passée aujourd’hui dans l’opposition, la gauche ne sait pas se débarrasser de ses rivalités internes. Les derniers revers électoraux ne sont pas analysés. Si la naissance du Partito democratico a fait naître un peu d’espoir, celui-ci a été de courte durée : la gauche ne sait plus présenter de programme crédible pour pouvoir imaginer revenir aux affaires. L’antiberlusconisme primaire reste l’arme fétiche des Massimo d’Alema, Dario Franceschini ou Anna Finocchiaro, une tactique devenue depuis longtemps obsolète. Pour Giannini, il est urgent pour la gauche de se mettre à chercher son Obama mais "je ne sais pas s’il existe"  .

Pendant ce temps, Silvio Berlusconi poursuit sa route, avec en tête un dernier objectif : entrer dans l’Histoire, c’est-à-dire devenir le prochain président de la République italienne. "C’est depuis toujours inscrit dans [son] ADN politique, et dans le code de la "dictature démocratique qu’il est en train d’implanter en Italie", explique Giannini  . Mais, désormais, il est en train d’y parvenir. Deux solutions se présentent à lui : un vote parlementaire avec les règles actuelles, ou une réforme présidentielle de la Constitution, où le chef de l’État serait élu directement par le peuple. Une chose est sure, Berlusconi ne sera pas un président avec un pouvoir limité, comme le prévoit actuellement les institutions. Le Cavaliere veut faire basculer son pays vers un régime présidentiel, "une République autocratique et a-fasciste […] L’homme d’État aurait alors terminé son chef-d’oeuvre"  . Et il aurait alors définitivement gagné la guerre.

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