Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
"Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie", enseignait Confucius. Aujourd’hui, en Orient comme en Occident, et ce, malgré des progrès technologiques censés nous "faciliter le travail", le terme "travail" reste pour beaucoup associé à la contrainte. A l’époque des heures sup’ et des pressions concurrentielles, peut-on agir sur et non subir son travail ? En 2008, à Rennes, où s’est tenue "Valeurs croisées", première biennale d’art contemporain de la ville, les artistes ont répondu "oui", œuvres à l’appui. Si le travail reste un thème sociologique à questionner , rien n’interdit à l’art de s’en amuser, de le copier, détourner, triturer, magnifier, partager, renverser, nier, bref, de le questionner. Catalogue bien pensé de la biennale, Valeurs croisées revient sur cette démarche inédite.
Genèse
Sous l’impulsion de l’entreprise agroalimentaire Norac, mécène et commanditaire de la biennale, et de l’association Art to be,14 entreprises bretonnes ont accueilli entre novembre 2007 et avril 2008 un artiste en SouRCE (Séjour de recherche et de création en entreprise). De l’implacable réalisme (L’Audit, par lequel Martin Le Chevallier fait évaluer sa performance artistique) à l’esthétisme (la vidéo chorégraphique de Marie Reinert réalisée aux archives départementales) en passant par le détournement (les modèles alternatifs d’emplois du collectif Au travail/At work ou dans un autre registre le monde en pain Daunat de Iain Baxter&), ou le rejet (les lettres de non-motivation de Julien Prévieux, la "démission" d’Adel Abdessemed), toutes les œuvres ajoutent à la "valeur travail" une valeur artistique qui fait sens.
Sur l’expérience, le catalogue porte, un an plus tard, un regard d’ensemble. Raphaële Jeune, commissaire pour Art to be, retrace l’histoire de "Valeurs croisées", des résidences aux œuvres finales. Le catalogue documente les résidences des artistes à Rennes et en Bretagne, leurs enjeux, et va bien au-delà. Les contributions de Laurent Jeanpierre, Maurizio Olazzarato, Chantal Pontbriand, Jean-Pierre Burdin… convoquent les références sociologiques aussi bien qu’économiques, explorant ainsi les problématiques qui sous-tendent le travail artistique sur et en entreprise : le discours, la manipulation, les relations…
Côté artistes, François Deck, Samuel Bianchini et les membres d’Accès local apportent également leur point de vue. La seconde partie de l’ouvrage détaille le travail de chaque artiste. On y découvrira notamment un art de la perruque (initialement, ce terme désigne le détournement de matériaux ou d’outils au travail) tout particulier, commandité par le collectif Au travail/At work. Passée un peu inaperçue lors de l’exposition, leur œuvre toute immatérielle consiste à former un collectif le plus large possible d’individus pratiquant une activité artistique à l’insu de leur patron. Les membres présents à Rennes auraient converti des membres du personnel de "Valeurs croisées", mais on n’en sait pas plus.
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