Rédacteur

critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Travailler ses valeurs
[jeudi 25 juin 2009 - 05:00]
Arts et Culture
Couverture ouvrage
Valeurs croisés
Collectif
Éditeur : Les presses du réel
448 pages / 33,25 € sur
Résumé : 62 artistes questionnent, par le biais d'installations et de perfomances, le monde du travail et la production économique qui en émane.
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Le rôle de l'art

En fait de perruque, Raphaële Jeune invente quant à elle l’art de la citrouille, emprunté à l’écrivain argentin Macedonio Fernandez : "Le conte de Macedonio Fernandez, La Citrouille qui devint Cosmos, nous prévenait déjà en 1944 : le légume est saisi d’une irrépressible pulsion de croissance et dévore l’intégralité de ce qu’il trouve à proximité, jusqu’à anéantir tout “extérieur”." Métaphore, on l’aura compris, du capitalisme et de sa capacité d’intégration. Un système glouton, à l’intérieur duquel l’artiste doit, selon la commissaire de "Valeurs croisées", se placer pour rendre "visibles ses excès et ses dysfonctionnements, mais aussi ses dynamiques créatrices". Mouvement inverse, l’artiste est devenu un modèle pour l’économie. Fonctionnant à la "mission" et à la créativité, il inspire le mode de travail des cadres d’entreprises. Raphaële Jeune rappelle pourtant que les SouRCEs "relèvent de l’expérimentation artistique et non de la commande à vocation managériale ou d’innovation". Elles ne doivent pas changer l’entreprise mais l’utiliser comme matériau artistique. Jean-Marc Huitorel, commissaire et critique d’art, décrit quant à lui dans le chapitre, "Liaisons dangereuses", "l’entreprise comme forme artistique". Il y écarte la question de l’instrumentalisation inhérente à ce type d’expérience : qu’il fonde une entreprise ou la représente, l’artiste n’est instrumentalisé que s’il oublie qu’il entre en entreprise "pour faire œuvre".

Autre question qui découle du rapprochement entre art et entreprise : selon les procédés en vigueur dans le monde économique, toute activité doit subir une évaluation. Une culture du résultat à laquelle l’art ne peut pas se plier. Quels critères appliquer alors à un travail artistique ? La "cellule de réflexion" apporte quelques pistes de questions telles que "la présence de l’artiste rend-elle des questions visibles ?", "combien de salariés ont-ils pu assister au processus de création de l’artiste résident ?" et enfin "quels seraient les critères d’échec d’un SouRCE ?". Lors de l’exposition à Rennes, un questionnaire était également proposé aux visiteurs pour évaluer la biennale selon des critères spécifiques.

Au travers de multiples œuvres et expériences, Valeurs croisées pose la question de l’art, de son implication dans l’économie et de son utilité sociale. Avec Raphaële Jeune, les auteurs posent un "espace-temps autre". Et si l’artiste était porteur d’un micro-espace public de réflexion et de liberté ?.

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