Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Les débats politiques cruciaux de notre temps, ceux qui sont requis par les évolutions des techniques et des mœurs – comme les biotechnologies ou les pratiques qui entourent la mort et la naissance –, renvoient à une question plus profonde sur ce qui est à la fois le sujet et l’objet des technosciences : l’homme. Qu’est-ce qu’être humain ? Les clivages politiques réels se font sur les réponses apportées à cette question première – réponses qui restent trop souvent élusives, à peine effleurées, réponses pourtant déterminantes car elles décident in fine des orientations que nous donnerons au futur. Quelle anthropologie nous donnons-nous ? Comme l’écrit Chantal Delsol : "Toute la question politique est enracinée dans celle de savoir s’il existe un “discours sur l’homme” valant la peine de constituer un socle pour les changements à venir" .
Parler des hommes
Pour répondre à ce besoin, Chantal Delsol s’inscrit dans le temps long de l’humanité, afin d’en rendre compte en même temps que de la situation présente : "Ce dont nous avons besoin, c’est d’une représentation humaine qui ne soit plus une “nature” figée, mais une “condition” décrite à partir de l’expérience, et légitimée par les malheurs dus aux tentatives de sa suppression. La “condition” humaine apparaît au moment où, la “nature” comme “essence“ fixe étant récusée, on s’aperçoit qu’on ne peut pas néanmoins se passer d’une anthropologie" .
Ce qui distingue l’homme des dieux, c’est qu’il est mortel, et ce qui le distingue des animaux, c’est qu’il en a conscience. "L’homme primitif prend conscience d’être une individualité quand il prend conscience qu’ “il va mourir” […]. Il apprend que c’est lui qui va mourir, lui en tant qu’individu distinct, dès lors séparé de son espèce" . À rebours des idéologies qui nient la mort ou la passent sous silence, Chantal Delsol assume cette expérience fondatrice de l’identité humaine et la conserve comme fil directeur de sa recherche.
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