Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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La grande médiéviste de la Sorbonne, éminente spécialiste de l’Italie et particulièrement de Venise à laquelle elle a consacré sa thèse remarquable et remarquée (1992), nous donne aujourd’hui, grâce à vingt ans de recherches, un livre très neuf qui rompt délibérément avec la tradition. L’historiographie des villes d’Italie du Nord et du Centre est certes riche, encore que la contribution des historiens français ait été tardive et longtemps modeste : le premier chapitre rappelle avec bonheur le rôle pionnier de Sismondi et de Quinet, puis celui des Annales, en dépit de leur intérêt peut-être trop exclusif pour l’économie et les marchands , et évoque, in fine, le temps de ces grandes monographies qui furent autant de célèbres « portraits de villes » (Florence, Ferrare, Gènes, Arezzo, et Venise), ou de régions (le Latium et la Sabine de Pierre Toubert, les Pouilles de Jean-Marie Martin, et, plus récemment, les campagnes lombardes de François Menant, etc.).
Faut-il vraiment parler, à propos de l’histoire urbaine italienne et des historiens français, d’un « rendez-vous manqué » ? L’auteure a certes raison de rappeler que ces derniers préférèrent longtemps s’intéresser à Naples et à la papauté. Mais cette fois, c’est bien de Florence et Venise, de Bologne et Milan, de Rome, Sienne, Pérouse et Trévise qu’il est question, autant de « villes vivantes ». C’est ici l’épithète qui est importante. En effet, l’historienne ne s’attache pas tant à décrire, comme cela a été si souvent fait et bien fait, la topographie, la société, la vie politique, les monuments des villes, mais à montrer celles-ci aux prises avec leur milieu – particulièrement hostile dans le cas de Venise –, avec les menaces naturelles, l’eau, le feu, l’insalubrité, l’hygiène défaillante. Elle tente d’en capter la respiration, les variations démographiques, les phases de l’économie. Enfin, elle nous les montre « au travail », perpétuellement en chantiers, et quels chantiers! Urbanisme, habitat, environnement, propriété, régimes successoraux : autant d’« objets historiques » chargés pour nous de résonances actuelles, qui justifiaient bien un questionnement nouveau, un regard neuf, une méthodologie renouvellée.
Tout au long de ces dix-sept chapitres, c’est bien entendu Venise qui fournit souvent à Élisabeth Crouzet-Pavan l’essentiel de sa documentation et de ses développements. La cité est au cœur de presque tous les chapitres. C’est donc surtout pour s’offrir un point de vue comparatiste que l’auteure cherche équivalences ou différences ailleurs, à Florence, à Pise, à Bologne, ou à Milan. Dans un bref chapitre historiographique (« L’invention de Venise »), elle rappelle fort justement les deux fictions originelles sur lesquelles repose cette « histoire reconstruite » de la cité de la lagune : la double fondation d’une Venise choisissant dès l’origine l’aventure maritime et dont la tardive réorientation vers la Terre Ferme aurait signifié déclin puis disparition ; et la soi-disant primauté originelle du Rialto, autre thèse tronquée.
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Pelham Grenville
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Laminico