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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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[vendredi 19 juin 2009 - 00:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Les séries TV
Abdessamed Sahali
Éditeur : Le Cavalier Bleu
127 pages / 9,03 € sur
Résumé : Une (brève) histoire des séries télévisées d'ici et d'ailleurs, à travers l'examen provocateur de seize idées reçues.
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Sous la dénomination "Idées reçues", les éditions du Cavalier Bleu ont eu la bonne idée de mettre sur pied une collection d’ouvrages de vulgarisation portant sur des sujets variés puisés dans le vaste domaine des sciences humaines et sociales. Il s’agit de concurrencer les vénérables et toujours utiles "Que sais-je ?" des P.U.F. en proposant la synthèse incisive d’une question sur un mode ludique et adapté au goût du jour.

Le récent volume consacré aux séries télévisées s’attaque à un objet indiscutablement vendeur, et qui à défaut d’être à la mode, a vu son intérêt éditorial s’affirmer exponentiellement en l’espace d’une décennie, avec une accélération encore plus marquée ces deux dernières années en ce qui concerne les lecteurs-téléspectateurs français. C’est d’ailleurs le cliché par lequel le journaliste Abdessamed Sahali décide d’ouvrir son livre : "Les séries sont à la mode". La force de l’ouvrage réside évidemment dans la capacité de l’auteur à affronter sans détours les problématiques les plus importantes en cherchant sans cesse une position pondérée face à l’idée reçue qui inaugure chaque nouveau chapitre, sans en prendre systématiquement le contre-pied par un trop stérile esprit de contradiction. Quatre ensembles de chacun quatre clichés structurent le livre, selon une progression raisonnée : le premier concerne l’histoire de la forme étudiée, suivie dans un deuxième temps par un bilan de ses caractéristiques formelles (en un mot sa poétique) ; puis, pour mieux expliquer ce point, le raisonnement revient alors logiquement sur les conditions de production de cet objet culturel, avant de conclure par le nécessaire examen de la réception des séries télévisées, qualifiée comme il se doit de "plurielle".

Il y a là une sorte de gageure tenue par l’auteur, et celle-ci justifie sa démarche tout en en maintenant constamment l’intérêt, malgré les nombreuses réserves (parfois de taille) qui peuvent lui être faites au fil de la lecture : en effet, il fallait en moins de 128 pages rendre compte de manière simple et intelligible d’un champ à la fois pléthorique et mouvant, à la fois bien balisé et encore trop méconnu, dont la perception n’a cessé d’évoluer auprès du public (particulièrement en France pour des raisons spécifiques sur lesquelles nous allons revenir). Avec un certain courage, le livre n’évite pas des questions d’une actualité brûlante et largement polémique, en particulier dans la partie consacrée à l’économie avec le chapitre intitulé "Télécharger illégalement une série télé ne nuit pas à l’économie du secteur". Malgré les griefs qu’on peut nourrir contre le livre de M. Sahali, on ne peut lui refuser un sens de la provocation rafraîchissant et de la formule qui fait mouche, que ce soit avec "Les séries télé, c’est toujours la même chose", "Les amateurs de séries sont fous", ou bien le dernier chapitre, intitulé malicieusement "La critique sérieuse surestime la qualité des séries télé", qui documente par une revue de presse minutieuse l’évolution des critiques télévisés sur les fictions sérielles. Le journaliste, ne reculant devant rien, va même jusqu’à citer avec un sens inattendu de l’à-propos Le Ras-le-bol des bébés zappeurs, livre publié en 1989 par une certaine femme politique socialiste dénommée… Ségolène Royal.

Avec application, l’ouvrage reprend les grands débats, parfois un peu émoussés, qui ont traversé les études médiatiques, et dont l’écho se fait entendre dans les publications spécialisées du type Télérama ou Les Inrockuptibles. Tout y passe, de la question de l’auteur, à la légitimité d’une forme dite "mineure" face aux grandes formes du cinéma, son medium d’origine, en passant par le rôle des chaînes câblées ou celui du public féminin (à cet égard, signalons que le chapitre "Les séries télé sont surtout regardées par les filles" nous a paru d’assez loin l’un des meilleurs de l’ensemble). L’auteur en profite pour corriger quelques éléments souvent négligés, notamment dans la partie "L’histoire des séries télé se limite à quelques pays" : ainsi, la mondialisation d’inspiration américano-occidentale, et un récent "âge d’or" des studios de télévision nord-américains masque dans les faits une production autrement plus nombreuse et suivie, qu’il s’agisse de la Corée du Sud (qui dispose de budgets conséquents pour ce faire), du Brésil, des telenovelas mexicaines, des productions égyptiennes ou encore des adaptations indiennes du Mahâbhârata et du Râmâyana dans les années 1980, pour ne citer que les exemples les plus connus.

Titre du livre : Les séries TV
Auteur : Abdessamed Sahali
Éditeur : Le Cavalier Bleu
Collection : Idées réçues
Date de publication : 21/03/09
N° ISBN : 284670242X
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