On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Parmi les diverses figures qui peuplent la vaste mythologie du rock'n roll, celle du producteur occupe une place à part : proche de la rock star dans son commerce avec l'argent et les modes de vie excessifs (drogue, alcool, sexe), il en constitue le revers invisible : homme de l'ombre, préférant l'obscurité des studios d'enregistrement aux feux éclatants de la scène, pygmalion cynique et manipulateur tenant sous son pouvoir le destin de starlettes interchangeables et éphémères. Certains d'entre eux passent pourtant — par conjoncture propice ou malentendu — le cap de la célébrité. Phil Spector est de ceux-là : dès la fin des années 50, il contribue à la genèse d'un certain nombre de gros hits, que ce soit pour des artistes reconnus (John Lennon, Ike & Tina Turner) ou bien de pures créations façonnées pour les besoins de quelques succès (le girls band The Ronettes), cependant que son travail de production (il est l'inventeur du wall of sound, mur de son, technique d'enregistrement visant à épaissir la masse sonore par empilement des couches) rencontre l'admiration de ses pairs et influence de façon déterminante le son des 60's. Il est également connu pour son inénarrable excentricité, sa propension à brandir très facilement un révolver lors de séances de studio tournant au vinaigre. Cette passion pour les armes à feu lui fut d'autant plus fatale que l'histoire du rock a voulu que les producteurs n'aient pas des destinées toujours clémentes : Joe Meek, ravagé par des affaires de racolage, met fin à ses jours en 1967, non sans avoir auparavant occis sa logeuse. Phil Spector quant à lui, au terme d'une longue carrière jalonnée de quelques traversées du désert, est reconnu en mai 2009, au terme d'un double procès ultra-médiatisé, coupable du meurtre de Lana Clarkson, le 3 février 2003, d'une balle de revolver dans la bouche.
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