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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Homo musicus
[jeudi 18 juin 2009 - 05:00]
Musiques
Couverture ouvrage
Musicophilia. La musique, le cerveau et nous.
Olivier Sacks
Éditeur : Seuil
472 pages / 23,75 € sur
Résumé : Recueil clinique de « short stories » à l’usage des mélomanes compulsifs et de leurs congénères.
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Vulgarisateur de génie, Oliver Sacks est désormais célèbre en France pour ses ouvrages sur les troubles neurologiques de ses patients – on ne présente plus son livre L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Avec Musicophilia, le neurologue américain confirme son talent pour ce genre d’écrits, mais avec un fil directeur inédit qui oriente sa réflexion de manière originale : cette fois-ci, c’est la musique qui mène la danse. Ce livre n’est donc pas une somme théorique sur l’approche cognitive de la musique, mais plutôt un recueil d’exempla destiné à illustrer par des cas concrets quelques grandes problématiques que rencontrent les neurologues à propos de la musique. L’auteur le dit lui-même dans sa préface : « J’ai surtout essayé d’écouter mes patients et sujets, d’imaginer leurs expériences et de me familiariser avec leurs vécus – c’est ce qui est au cœur de ce livre » (p. 15). Avec une empathie et une élégance qui forcent l’admiration, Oliver Sacks s’efface donc une fois de plus derrière la figure de ses patients, et laisse parler leurs histoires individuelles – tour à tour drôles, émouvantes ou tragiques.

Mais si grand que soit son talent de conteur, Oliver Sacks ne se borne évidemment pas à collectionner les cas cliniques au hasard de sa pratique : il mène en même temps une réflexion de fond sur les pouvoirs de la musique. La thèse qui sous-tend tout l’ouvrage peut se résumer en une phrase : « Nous autres, êtres humains, sommes une espèce musicale non moins que linguistique » (p. 12). Il s’agit donc au fond de remettre en question l’idée reçue – et fort bien ancrée dans les sciences humaines – selon laquelle le langage fournirait la clé de notre cerveau, de notre pensée et de nos illusions. Cette thèse de fond, Sacks va l’étayer en s’appuyant à la fois sur des cas cliniques extrêmes et sur des expériences plus banales à la portée de chacun – cette double perspective constituant incontestablement l’un des points forts de l’ouvrage.

Abordant les diverses formes d’obsessions musicales (« Hantés par la musique »), le praticien montre ainsi l’étendue de l’emprise musicale sur nos pauvres esprits à travers quelques cas exceptionnels. La passion subite et insatiable du Dr Cicoria pour le piano en est un bon exemple. Ce tranquille médecin new-yorkais s’est transformé du jour au lendemain en pianiste remarquable, alors qu’il ne s’était jamais intéressé à la musique, pour la simple raison qu’il a failli mourir dans un accident électrique. À partir de ce jour, et sans qu’il puisse se l’expliquer, cet homme fut pris d’une frénésie pianistique qui l’a conduit à découvrir un répertoire qu’il ignorait complètement, à apprendre le solfège et  le piano, et à abandonner travail et famille pour se consacrer totalement à son nouvel objectif. Depuis qu’il a été touché par la fée électrique, ce docteur a donc vu sa vie métamorphosée par la musique.

Mais Sacks, à travers un chapitre consacré aux « vers cérébraux », s’intéresse aussi à des phénomènes plus ordinaires d’obsession musicale : qui n’a jamais reçu la visite indésirable d’une mélodie sans gêne s’invitant à tue-tête dans son cerveau ? Eh bien, la prochaine fois que cela vous arrive, vous devrez vous estimer heureux du caractère transitoire de ce phénomène : Sacks vous apprendra en effet qu’il existe des formes pathologiques de vers cérébraux particulièrement indisposantes, où la mélodie en question vire au cauchemar, en se faisant par exemple entendre avec un volume sonore tel que sa malheureuse victime ne peut plus percevoir les sons réels ou simplement s’endormir… On voit donc que, loin de se confiner dans une pratique clinique appliquée à quelques cas rares, Oliver Sacks s’intéresse de près à des phénomènes courants (vers cérébraux, oreille absolue, rêves musicaux…). Cette attitude est très intéressante, car elle tend à remettre en question la distinction entre le normal et le pathologique, en montrant qu’une réceptivité musicale élevée existe au moins en puissance chez tous les individus.  

Titre du livre : Musicophilia. La musique, le cerveau et nous.
Auteur : Olivier Sacks
Éditeur : Seuil
Date de publication : 15/01/09
N° ISBN : 2020969769
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1 commentaire

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Miack

19/06/09 19:42
Gödel, Escher, Bach, les brins d'une guirlande éternelle (1979) de Douglas Hofstadter. Pas lu mais il me semble être également une clé dans ce domaine, qui en a inspiré plus d'un, sûrement.

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