On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Un animal politique difficile à cerner.
Cet ouvrage doit avant toute chose se lire comme une œuvre pédagogique. Les auteurs cherchent à mettre en perspective un phénomène politique et tentent une analyse comparée entre différents pays. La pédagogie de cet ouvrage réside dans le fait que les auteurs s’essaient à une définition objective de ce que recouvre ce terme de « think tank ». Parfois utilisé à tort, souvent utilisé comme outil marketing pour valoriser une hypothétique force de frappe intellectuelle, le terme de « think tank » fait office de fourre tout dans lequel il était nécessaire de remettre un peu d’ordre sans pour autant négliger ou dévaloriser toute tentative de mise en place de structures intellectuelles innovantes.
Pour cela, l’ouvrage met en avant neuf critères permettant d’opérer un premier tri. Car les organisations appelées « think tank » ne sont pas les seules structures à vocation intellectuelle. Parmi ces neufs critères, nous n’en retiendrons que quelques uns qui permettent rapidement de mettre en perspective ce type d’organisation. En effet, un think tank est un organisme permanent dont la vocation est de produire des solutions de politiques publiques à l’échelle d’une nation ou d’une zone géographique déterminée. Cette structure doit posséder son personnel propre. La permanence de cette structure associée à du personnel dédié est un élément primordial.
Selon les pays, il y a une culture de l’indépendance plus ou moins forte. Cette notion d’indépendance est également interprétée différemment selon les pays. La légitimité d’un think tank est parfois corrélée à son degré d’indépendance vis-à-vis de l’Etat comme par exemple aux Etats Unis où l’expertise privée ou citoyenne a d’abord été perçue comme une alternative à l’omniscience de l’Etat fédéral. Mais cette question de l’indépendance est en réalité un faux problème car l’indépendance pure et parfaite n’existe pas. Les think tanks sont comme toutes les autres formes d’organisations liées quant à leurs genèses à des conditions historiques et sociales déterminées. Vouloir en faire des objets sociaux désincarnés n’aurait pas de sens et l’on s’éloignerait des raisons historiques et donc politiques de leur existence.
D’ailleurs, les auteurs traitent de manière approfondie les conditions historiques d’apparition des think tanks et dressent même une chronologie exposant les principales vagues de création de think tanks aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et dans une moindre mesure en France et en Europe. On constate en effet qu’il existe une corrélation entre les grandes crises du vingtième siècle (guerre, crises économiques…) et l’émergence de ces structures dont l’une des vocations est de penser le monde d’après.
Afin de rendre le phénomène think tank plus intelligible, les auteurs s’essaient à une typologie intéressante. Typologie qu’ils avaient déjà mise en avant lors de la première édition en 2006. Quatre catégories de think tanks sont ainsi définies : les advocacy tanks, les think tanks de parti politique, les think tanks sous contrats et les think tanks universitaires. Cette catégorisation a le mérite de dresser un périmètre qui existe effectivement et pose les bases d’un cadre analytique sans chercher pour autant à le figer.
4 commentaires
jo.
Christian
OFTT
Effectivement Pascal Lamy n'a écrit que la préface. En ce qui concerne vos deux autres remarques, je vous invite à lire l'article entièrement et si cela ne vous convient pas de lire une version plus longue sur le site de l'Observatoire Français des Think tanks à l'adresse suivante : http://www.oftt.eu/tribune-libre/article/les-think-tanks-cerveaux-de-la-guerre-des-idees
Mark