On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Un creuset social vecteur d’émancipation
L’histoire commence dans l’appartement de Philippe Morillon. Il habite alors boulevard de Sébastopol proche du quartier des Halles en pleine transformation - qui deviendra l’épicentre du Paris branché - et son habitation constitue l’un des points de rendez-vous de cette "bande". S’y retrouvent des jeunes gens, souvent en rupture sociale et familiale, qui veulent s’inventer une nouvelle vie. Les principaux piliers sont déjà là : Marie-France, François Wimille, Paquita Paquin, Hélène Hazera…
Mais la plupart des clichés que contient l’ouvrage ont été pris sur le vif dans des boites de nuit : au Sept, à la Main Bleue, aux Bains-Douches mais surtout au Palace, lieu répondant à la perfection aux aspirations de cette jeune faune avide de jouissances en tout genre, de rencontres démultipliées, de glamour et de séduction. Enclave élitiste, libertaire et hédoniste d’une France qui malgré l’impulsion libérale portée par Giscard demeure encore très conservatrice. L’atmosphère que dégage ces images ne semble corsetée par aucune contrainte sociale, économique ou morale. Roland Barthes disait du Palace que c’était "tout un dispositif de sensations destiné à rendre les gens heureux". L’aura mythique de cette boite de nuit inspire encore de nos jours bien des rêveries et des nostalgies. Cet ancien théâtre, dirigé par un magicien de la fête, Fabrice Emaer (plusieurs fois photographié), a réalisé un brassage social inédit. Les amis de Philippe Morillon, alors âgés d’à peine vingt ans ou un peu plus, côtoyaient des personnalités plus classiquement "jet-set", tels que Yves Saint-Laurent, Sao Schlumberger ou Karl Lagerfeld, mais aussi des artistes et écrivains de premier plan comme Aragon, Warhol, Noureev, Roland Barthes, des rock-stars (Mick Jagger, Lou Reed) ou des inclassables (Andrée Putman).
Les photos de Philippe Morillon montrent bien ce mélange social s’opérant dans l’allégresse et l’insouciance. Ce terreau singulier a conduit à l’émergence de figures de l’époque qui donnaient à la "bande" sa couleur et son pittoresque. Paquita Paquin, Pierre et Gilles ou Christian Louboutin, s’affirment durant ces années. Leur liberté, leur fraîcheur et leur excentricité n’ont pas peu contribué au climat débridé si apprécié du Palace.
Les photos sont complétées par des textes de l’auteur, mais aussi de Roland Barthes, Yves Adrien, Paquita Paquin et Alain Pacadis qui tentent de d’analyser et de témoigner de la singularité du climat qui régnait dans cet antre et de faire percevoir les grands moments et les valeurs qui présidaient à cet art de vivre si particulier. Il est très frappant de constater combien les acteurs de cette apothéose noctambulesque en gardent à la fois un souvenir ému et une reconnaissance, probablement idéalisés. Dans ce creuset social vecteur d’ouverture et d’émancipation, beaucoup estiment y avoir vécu des moments décisifs, y trouvant des amis pour la vie, et pouvant y côtoyer des artistes et des créateurs qu’ils n’auraient jamais pu rencontrer ailleurs![]()
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