Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Philippe Morillon est un illustrateur, photographe et directeur artistique qui a travaillé pour plusieurs revues dont notamment Vogue et l’Egoïste. Il a entrepris dans cet ouvrage de dessiner la chronique en images de ce groupe de jeunes gens - sa bande d’amis de l’époque - dont la sensibilité hédoniste, le goût des fêtes nocturnes et le refus des conventions sociales bourgeoises donnera naissance à ce que la presse appellera plus tard les "branchés", emblématiques du Paris de la fin des années soixante-dix et des années quatre-vingt.
Les branchés ont marqué cette époque, tout autant que les zazous ont marqué les années quarante et le Paris existentialiste. Outre son hédonisme, la spécificité de ce groupe résidait également dans son élitisme nocturne et vestimentaire, poussant parfois les membres de cette tribu à l‘exhibitionnisme ou au snobisme. Plusieurs d’entre eux évolueront plus tard dans la mode, la photographie ou la musique. Leur quête avide de plaisirs conduira certains à abuser des paradis artificiels qui parfois se révèleront fatals.
Un grand nombre de photos témoignent de ce noctambulisme effréné, de cette démesure, d’une attirance un peu dilettante pour les arts, et d’un appétit d’innovation vestimentaire et d’attitudes caractéristiques, provocatrices et marquée par une sensualité effrontée. Ils ne s’identifient pas spécialement à un courant musical - contrairement aux zazous - écoutant aussi bien la musique punk apparue en 1977, que la musique disco importée des USA dès 1975 ou le rock new-yorkais sophistiqué représenté par les Talking Heads. Autre trait marquant : la naissance des branchés est indissociable de l’émergence d’une revendication et d’une culture gay. Plusieurs d’entre eux étaient homosexuels et souhaitaient assumer pleinement leur orientation et leurs sensibilités, dans une exubérance et une frénésie sexuelle caractéristiques de l’après soixante-huit et précédant l’épidémie de sida.
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