On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Raconter l’histoire de Françoise Hardy : ils sont déjà plusieurs à l'avoir fait, mordus de tonalités mélo-pop, toqués de la "Yeh-Yeh Girl from Paris". Ils sont déjà plusieurs à avoir rédigé avec ardeur leur copie. L’exercice prend, dans de nombreux cas, des allures d’acte rituel, mais ne ressemble pas moins à un geste naturel. Une sorte d’hommage à cette figure sonore que l’on adore.
Parmi les biographies remarquées, on retiendra notamment le Superstar et ermite que livrent un jeune fan timide, chanteur trentenaire (Etienne Daho) et un Jérôme Soligny non moins musicien. On retiendra ? Pierre Mikaïloff, lui, retient très bien en tous cas et se sert, à juste titre, à dose soutenue, et en complément d’autres sources aussi judicieusement choisies, de l’enquête à quatre mains qu’avait publiée, en 1986, Jacques Grancher.
Raconter les histoires de Françoise Hardy, celles qui parlent musique, celles qui parlent vie privée, l’intéressée s’est elle-même pliée à la tâche. Deux ans après les débuts fulgurants de cette « jeune fille triste », comme la nomme Pierre Mikaïloff en début d’ouvrage (et comme il convient tout à fait de la désigner), paraissait un Je chante donc je suis, annoncé comme une autobiographie, fabriqué comme une semi-autobiographie, puisque la plume de la jeune chanteuse s’accompagnait de mots de Claude Dufresne, biographe expérimenté (Union Générale d’Editions, 1964). Plus de quarante ans plus tard, c’est seule que se couche sur papier la dame solitaire, angoissée par la solitude, sous le titre Le Désespoir des singes et autres bagatelles (Robert Laffont, 2008). Conformément à une manie dont elle peine à se débarrasser, la dame séduit. Après ce brillant Hardy par Hardy, largement salué par le public et la critique, on serait presque tenté de considérer toute entreprise de nouvelle biographie comme, sinon une petite folie, du moins un défi. Ou alors un moment bien choisi, en profitant de la vague qu’a lancée la chanteuse, pour proposer un complément, peut-être un contrepoint, avec le regard extérieur, celui de l’admirateur passionné mais réfléchi ? En tout état de cause, Pierre Mikaïloff et ses trois cent soixante pages rivalisent très joliment avec l’un des coups de cœur littéraires de la fin 2008.
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