Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Contrairement aux États-Unis où la censure obligeait les cinéastes à n'évoquer l'homosexualité qu'avec prudence, le cinéma français a représenté dès ses débuts des gays et des lesbiennes. Souvenez-vous des films de Jean Cocteau (notamment Le Sang d'un poète en 1930), du couple formé par Edwige Feuillère et Simone Simon dans Olivia (1950) ou de l'amitié passionnelle entre Jean Gabin et son meilleur ami dans Gueule d'amour (1937). Dans les années 70, des films comme La Cage aux folles - avec la performance exubérante de Michel Serrault en Zaza Napoli- ou La Meilleure façon de marcher de Claude Miller, montrent au-delà de la farce, une réflexion sur la condition homosexuelle, tout comme de grandes comédies récentes comme Pédale douce ou Gazon maudit, sans oublier la série télé Clara Sheller. Mais l'histoire de la représentation homosexuelle au cinéma et à la télévision n'est pas un long fleuve tranquille, loin de là, entre censure (Les Amitiés particulières, La Religieuse), caricatures et provocations. Illustré de photos de films et ponctué d'entretiens avec des acteurs, réalisateurs et producteurs, cet ouvrage où se côtoient des grands classiques, des comédies de série B, des succès populaires et des films d'auteur retrace une histoire moins taboue et plus chaotique qu'on ne l'imagine.
Le cortège des dictionnaires et encyclopédies consacrés à l’homosexualité qui, en réalité, s’emparent du thème sans l’expliciter, continue de se développer… Sans surprise, Le Cinéma français et l’Homosexualité d’Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, qui vient de sortir aux éditions Danger, perpétue le traditionnel verbiage peu étayé autour de la "culture homosexuelle".
Les quelques rares "cinévores" de l’homosexualité seront cependant ravis. Voilà un livre utile, très bien documenté, qui suit sensiblement la même trame que le dernier livre de Didier Roth-Bettoni paru deux ans auparavant, L’Homosexualité au Cinéma (2007). C’est une approche chronologique avant tout, allant de la stigmatisation de l’homosexualité dans le cinéma français au début du XXe siècle à une normalisation contemporaine présentée comme salutaire. Les auteurs applaudissent à l’uniformisation progressive des personnes homosexuelles dans le paysage audiovisuel français, et à leur entrée dans les rangs de la "normalité". Ils présentent la visibilité des "gays banals" (p. 282) et "cette normalisation de l’image des homosexuelles" comme une avancée souhaitable vers une société du "droit à l’indifférence" où tous les hommes seraient égaux… Une belle défense conformiste et individualiste de la "démocratie de l’indifférence mutuelle". D’autre part, on lit en arrière-fond une approche plus moralisante et moins scientifique qu’il n’y paraît, puisqu’on trouve exprimées dans cet essai les notions – pourtant très subjectives – de "retard" et de "progrès" (p. 67 ; p. 85 ; p. 227), de "bons" et de "mauvais clichés de l’homosexualité", ainsi qu’un discours artistique vaporeux particulièrement queerisant. La parole queer se veut moderne, à la pointe du "progrès", mais il n’est en fait qu’un discours deleuzien ou foucauldien soixante-huitard retravaillé : on retrouve le lexique ésotérico-politisé de Deleuze et Guattari avec l’éloge, par exemple, du "devenir", du "déplacement", de la "mobilité", de l’"anti-identité transcendante", de "l’intensité" : "en devenir" (p. 227) ; "transcende" (p. 238) ; "ce glissement" (p. 238) ; "puissant" (p. 241). Afin de cacher sa haine des corps réels et du sexe, l’idéologie queer impose en général trois chansons : d’une part la chanson anti-identitaire, celle qui remplace le mot "sexe" par celui, beaucoup plus flou et fluctuant, de "genre", ou bien la notion d’"identité naturelle" par celle d’"identités culturelles" ; d’autre part, la chanson de la révolution mystique, où l’intensité des désirs amoureux l’emporte victorieusement sur les réalités (sexuées, biologiques, sociales, politiques…) qui nous entourent ; et enfin la chanson de l’éclatement obligatoire, visant à masquer une phobie de l’universalisme et du dogmatisme par un autre dogmatisme tout aussi rigide, celui du doute absolu et de l’anti-vérité unique.
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