La phrase

Le désespoir me paraît éminemment raisonnable et ennuyeux. Je n’ai aucune patience face à des artistes dont la fonction première est de formuler l’impossibilité de leur art, qui en un sens font de la mélancolie un produit de consommation – tout comme je ne m’intéresse pas aux artistes qui sont exclusivement affirmatifs et qui ont fait de la stupidité de la culture un fétiche commercial. Les ballons en forme de chiens, etc. Je crois que le plaisir sexuel, la couleur étrange du ciel après un orage, le flot des feux arrière des voitures sur un pont ou la façon dont le silence s’affine ou s’épaissit avant que la musique ne commence – le politique doit harnacher tout cela. Le politique doit poser un harnais sur le libidinal.  

Ben Lerner, The Believer, septembre 2014 (traduction de nonfiction)

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Le siècle de Voltaire
[mercredi 03 juin 2009 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Voltaire
Éditeur : Tallandier
798 pages / 28,50 € sur
Résumé : Un ouvrage qui révèle l’homme Voltaire derrière le mythe.
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Voltaire, écrivait Lamartine, « c’est un siècle fait homme »  . Écrire la biographie de l’auteur de Candide et du Siècle de Louis XIV constitue un double défi. D’abord parce que Voltaire, au même titre que Balzac ou Hugo, fait partie des écrivains les plus prolixes de notre littérature nationale  . De cette œuvre titanesque considérable, seule une part infime se lit encore aujourd’hui. Voltaire est un « écrivain né vieux ». S’il était mort à 60 ans, il serait désormais oublié   , tant la postérité a négligé le « premier Voltaire », le courtisan et l’homme de théâtre, pour ne retenir que l’auteur des contes qui font aujourd’hui encore partie des programmes scolaires, Candide et Zadig et le défenseur acharné de la liberté de conscience. Cette œuvre si abondante ne renferme aucune confidence sur son auteur. A la différence de son grand rival, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire n’a jamais fait la moindre « confession ». L’œuvre est représentative  de « l’esprit du temps »  ) mais demeure fort discrète sur la personnalité de son auteur. Pour le biographe l’enjeu était donc de faire redécouvrir l’homme derrière l’œuvre et derrière la légende. Un défi brillamment relevé par Raymond Trousson qui avec son Voltaire nous livre une biographie très détaillée et érudite, qui pourtant se lit comme un roman et redonne vie à  François-Marie Arouet, plus connu sous le nom de plume qu’il se choisit, celui de Voltaire  .

Premier Acte : l’aventurier et le théâtre

François-Marie Arouet est né en 1694 d’un père notaire au Châtelet que sa charge, outre le fait de lui procurer un revenu substantiel, met en relation avec certaines des gloires du siècle de Louis XIV, telles Corneille, l’auteur du Cid   ou la célèbre courtisane Ninon de Lenclos. A dix ans, François-Marie Arouet entre comme pensionnaire au collège Louis-le-Grand, alors dirigé par les Jésuites. Le jeune Arouet est un élève brillant, qui collectionne les prix, même s’il se fait aussi remarquer par son caractère indomptable, « rebelle » dirait-on aujourd’hui. En 1711 il quitte le collège et déclare à son père qu’il « ne veut pas d’autre [état] que celui d’homme de lettres ». Commence alors pour le jeune homme une période de formation mouvementée, qui le contraint plusieurs fois à l’exil et le mène jusqu’en prison, sur fond de libertinage, de scandales et de conflit avec un père dont il refuse obstinément d’écouter les conseils, mais dont il dépend financièrement. Voltaire refuse de faire carrière dans la « robe »  . Ce sont la littérature et le théâtre qui l’intéressent. Les premiers écrits du futur Voltaire sont conçus aux plus beaux moments de la Régence, alors qu’après la mort de Louis XIV, la société et les modes changent, que Paris redevient le centre de la vie mondaine et culturelle. En 1719 une pièce, Œdipe, reprise de la tragédie antique adaptée au XVIIe siècle par Corneille, rend le jeune auteur célèbre et lui permet d’élargir le cercle de ses relations. Il décide alors d’écrire la grande épopée nationale que Ronsard et d’autres ont échoué à mettre au jour,  La Henriade  . Le jeune Voltaire n’a cependant pas que des amis parmi les élites de la Régence. Son caractère impertinent lui attire l’hostilité du régent et de certains membres de la haute noblesse, tels le chevalier de Rohan. L’anecdote est restée célèbre, qui montre un philosophe bâtonné pour avoir répliqué vertement à une provocation de Rohan  .

Cécilie CHAMPY
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Titre du livre : Voltaire
Auteur : Raymond Trousson
Éditeur : Tallandier
Collection : Biographies
Date de publication : 06/11/08
N° ISBN : 2847344128
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