On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Après Du lyrisme (2000), Le Poète perplexe (2002), Adieux au poème (2005), Jean Michel Maulpoix continue sa réflexion sur les métamorphoses et la remise en question de la voix lyrique. Il prône dans son nouvel ouvrage un lyrisme critique : on pourrait croire à une contradiction dans les termes, commence par préciser l’auteur, mais il s’agit pourtant d’aborder la poésie sous un angle essentiel : son inquiétude. Sous l’angle de la conscience de soi désenchantée des poètes modernes et contemporains. « Ni aveugle ni sourd ni innocent, le poète ne s’abandonne pas naïvement au flux désordonné de son inspiration et de ses sentiments. Il se fait analyste, exerce volontiers son ironie, et met à l’épreuve dans son poème la capacité de la langue à faire face au réel. » Le lyrisme critique atteste un dédoublement de la voix poétique, qui ne peut plus continuer l’antique mouvement de célébration, pas plus qu’elle ne peut se contenter de s’abandonner à ce qui la « charme ». La poésie se grève d’un souci, elle « creuse plus qu’elle ne célèbre », s’ouvre à ce qui la rend impossible ou dérisoire, au soupçon qui pèse sur elle, et par ce même mouvement de prise en charge, elle résiste et survit. La poésie hésite, est tentée de se taire, parfois elle se ridiculise elle-même, mais à tout le moins se distingue par sa lucidité. Elle ne peut plus célébrer que « malgré tout », que consécutivement à une prise de conscience tragique, que comme une issue de secours. C’est dans la première partie de l’ouvrage, l’idée de lyrisme critique est ainsi approchée, en réflexions d’ordre général, jamais dénuées d’élégance, tantôt aphoristiques et peut-être aussi, parfois, un peu abstraites et cédant à la formule. De même, un point de vue plus strictement historique aurait sans doute aidé à cerner plus précisément la spécificité de la notion, sa naissance, son évolution. Il faut pour cela se reporter aux précédents ouvrages de l’auteur.
La diversité des pratiques littéraires et des œuvres que Jean-Michel Maulpoix rassemble dans la seconde partie de l’ouvrage, « Le lyrisme à présent », ne manque pas de surprendre. Il y traite globalement de toute la production littéraire française du XXe et de ce début de XXIe siècle : de Saint-John Perse, Yves Bonnefoy ou Segalen à Emmanuel Hocquard, Philippe Beck, Valère Novarina… Des tentatives souvent très différentes, et des manières de concevoir l’écriture et la poésie parfois opposées. Une bigarrure d’exemples qui n’aide pas à approcher avec précision la notion. C’est donc plutôt en diagnosticien que se pose Maulpoix, qui fait l’inventaire de tous les symptômes d’une poésie aux prises avec elle-même. Et il a le mérite de considérer toute la variété de la production poétique contemporaine, d’en dégager les principales problématiques et de s’attarder sur des revendications parfois déconcertantes, quand elles ne sont pas délibérément antipoétiques. En cela, Maulpoix assume tout à fait, avec une grande qualité d’écoute, le vœu d’accueillir « l’extrême contemporain », qu’il formule dans son introduction.
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