On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Pour prendre un autre exemple, qui est évidemment lié à celui de la gestation pour autrui, peut-on réellement réduire le problème éthique de la transplantation d’organes à une affaire de consentement entre le donneur d’organes et l’individu appelé à recevoir le greffon ? Ne peut-on vouloir faire, avec David Le Breton , la généalogie du geste de transplantation d’organes en lui cherchant un ancêtre dans les premières dissections du corps humain à l’Ecole d’Alexandrie, dans les planches anatomiques de Vésale où les écorchés prennent la pose et manifestent des manières qui sont celles-là mêmes des vivants – où le corps proteste contre le geste qui l’isole de la présence humaine ? Ne peut-on s’interroger sur ce qu’il advient du corps lorsqu’il est instrumentalisé, objectivé, lorsque l’on se le représente comme une masse de transplants, un ensemble d’éléments détachables et mutuellement interchangeables d’une structure humaine identique, comme s’il pouvait y avoir un sens à dissocier le corps de la personne elle-même ? Ne peut-on s’inquiéter, comme le faisait justement Giorgio Agamben dans Homo Sacer , de ce que la détermination de la mort soit devenue une affaire mi-scientifique mi-politique, le droit venant se substituer à la médecine qui rencontre bien des problèmes pour établir le diagnostic de mort encéphalique ?
Ne pouvait-on également attendre d’un livre de philosophie qui se donne pour objet d’étude l’encadrement juridique jugé trop répressif de la vie et de la mort qu’il s’interroge aussi, et peut-être surtout, sur ce que c’est que d’avoir un corps – un corps propre –, sur ce qu’Arendt appelait le miracle de la natalité, sur la mort, sur le deuil et sur ce que Joyce appelait cet "état mystique", ce " mystère" sur lequel "l’Eglise est fondée et fondée inébranlablement parce que fondée, comme le monde, macro et microcosme, sur le vide" : la paternité ?
7 commentaires
Sylvain Reboul
Le principe qu'il ne peut y avoir ni interdit moral général , ni interdit ou sanction de droit universel, dans un optique libérale, vis-à-vis de l'usage de mon corps comme bon me semble dès lors que je ne nuis pas à autrui n'a rien à voir avec une quelconque analyse phénoménologique, toujours personnelle, sinon traditionnelle, voire religieuse. C'est précisément une conséquence rigoureuse du principe de la laïcité de révoquer cette facilité intellectuelle qui consiste à prêter à tous les autres ses propres visions de la vie, du bien et de du mal, vis -à- vis de soi, aussi riches soient-elles, , car elles sont et ne peuvent être que particulières.
Quant à Kant c'est plus complexe: la dignité de l'homme, pour lui, en tant qu'être que se doit moralement d'être rationnellement moral en sa personne, dans le rapport à soi, est central chez lui. Mais ceci ne justifie en rien que l'on doive imposer à chacun en droit la morale de l'impératif catégorique du respect universel, autrement que dans ses rapports à autrui.
Le droit n'est pas la morale et c'est en cela que la liberté de chacun est préservée.
pmrb
La bioéthique n'est pas pure théorie, elle DOIT donner des réponses et ne peut se contenter d'idées, si intéressantes qu'elles puissent être. Elle sert de guide à ceux qui sont dans l'action et sont confrontés, de gré ou de force, à des situations aussi réelles que difficiles.