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Critique à nonfiction.fr

La phrase

L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité.

Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

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La bioéthique à fleurets mouchetés
[vendredi 29 mai 2009 - 20:00]
Bioéthique, génétique, biologie.
Couverture ouvrage
La vie, la mort, l'Etat. Le débat bioéthique
Ruwen Ogien
Éditeur : Grasset
222 pages / 16,50 € sur
Résumé : Un livre remarquable dans lequel l'auteur défend des thèses audacieuses, sans que pour autant la démarche adoptée donne entière satisfaction.     
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Dans un passage extrêmement célèbre et, paradoxalement, peu étudié pour lui-même, Kant prolonge l’analyse de ce qu’il appelle l’"état de minorité" par une série d’exemples censés illustrer la façon dont cet état de servitude volontaire peut s’exercer dans les différents domaines de l’existence. "Il est si commode d’être mineur", écrit-il : "si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge de mon régime à ma place, etc., je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, pourvu que je puisse payer."  

Les commentateurs auront tôt fait de faire correspondre à chaque domaine où Kant voit s’installer le risque d’une direction totalitaire l’un des grands traités où il s’est efforcé d’élucider les conditions d’un usage autonome de nos facultés : au domaine intellectuel (auquel le "livre" fait référence) correspondrait la Critique de la raison pure, au domaine moral (auquel le "directeur de conscience" fait référence) correspondrait la Critique de la raison pratique. Mais à quoi correspondrait au juste le dernier domaine ? Que vient faire ici d’ailleurs le médecin et son patient ? En quoi la démarche de celui qui consulte un médecin au sujet de sa santé est-elle sujette à critique ? Quel sens y a-t-il à dire que le médecin outrepasse ses droits en donnant des prescriptions et non pas des conseils, puisque, en la matière, il est la seule instance compétente – raison pour laquelle, précisément, le patient vient en consultation ?

Le problème que soulève Kant de façon fulgurante est celui du "paternalisme médical", pour reprendre le nom qui lui a été donné dans les travaux modernes de bioéthique. Pour le dire brièvement, la question est de savoir si le patient est le mieux placé pour déterminer son propre intérêt, ou si les médecins (ou l’équipe soignante, ou les tiers) ne sont pas plus à même d’en juger  . La position de Kant ne laisse pas de place au doute : le médecin ne doit pas s’interposer entre le malade et la manière dont il vit sa maladie, c’est à ce dernier qu’il appartient de décider si la vie sous traitement qu’on lui propose vaut plus ou moins à ses yeux que celle qu’il vit actuellement dans la maladie.

Critique du paternalisme

L’essai de Ruwen Ogien qui vient de paraître est tout entier consacré à une dénonciation des formes pernicieuses contemporaines que peut revêtir le paternalisme dans le domaine de l’encadrement juridique de la procréation assistée (fécondation in vitro, transfert d’embryons, insémination avec le sperme d’un donneur, etc.), de la gestation pour autrui, du clonage reproductif, de l’euthanasie – bref, de la vie et de la mort.

Les questions qu’il pose, qui relèvent à la fois de la philosophie morale et de la philosophie politique, sont les suivantes : le suicide assisté sous ses différentes formes, le recours à une mère porteuse, l’aide médicale à la procréation pour les gays, les lesbiennes et les femmes jugées "trop âgées", le clonage reproductif doivent-ils être interdits par la loi ? De manière plus générale, dans une société démocratique, laïque et pluraliste, l’Etat est-il habilité à définir les meilleures façons de procréer et de mourir et à les imposer à tous par la menace ou la force, ou sa tâche consiste-t-elle à protéger les conceptions de chacun dans la mesure où elles ne causent aucun tort évident à autrui ? Dans quelle mesure peut-on dire que le tort que l’on se fait à soi-même, celui que se font deux personnes consentantes et celui qui est fait à des entités abstraites, regardent, d’une manière ou d’une autre, la morale ?

Titre du livre : La vie, la mort, l'Etat. Le débat bioéthique
Auteur : Ruwen Ogien
Éditeur : Grasset
Collection : Mondes vécus
Date de publication : 01/04/09
N° ISBN : 978-2-246-75011-6
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7 commentaires

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Dionysos

12/06/09 21:34
je vous recommande le numéro double de la Revue de Théologie et de Philosophie 2008/II-III, (Lausanne, Suisse): L'éthique minimale. Dialogues philosophiques et théologiques avec Ruwen Ogien
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Afeissa Hicham-Stéphane

02/06/09 15:22
Ne souhaitant pas dévorer tout l'espace mis à la disposition de la discussion, je vais m'efforcer à la brièveté.
Je comprends mieux le sens de votre remarque à présent, et en apprécie le bien fondé. L'interrogation qui a accompagné ma lecture de l'essai de Ruwen Ogien était au fond la suivante : peut-on examiner des problèmes tels que ceux qui sont discutés en bioéthique en faisant abstraction de la conjoncture historique et politique au sein de laquelle ils surgissent? Ne convient-il pas de travailler à rendre intelligible ces différents problèmes en leur donnant la place qui leur revient à l'intérieur de la longue histoire de la réquisition et de l'objectivation du corps? Ce qui manque en amont (à savoir cette restitution de l'histoire de la mobilisation du corps) manque également en aval (rien n'est dit - comme vous le faites remarquer -sur les conditions sociales, politiques, économiques de l'exercice des libertés individuelles, et c'est pourquoi j'ai trouvé peu acceptable que soient écartées dès le début les questions de la commercialisation des produits du corps humain, de la recherche sur les embryons, etc., comme si ces questions étaient hors sujet).
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Sylvain Reboul

02/06/09 14:51
Mes excuses pour les coquilles: "qu'elle ne permet pas", "qualifier" etc..
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Anonyme

02/06/09 14:48
Merci de votre réponse: il me semble que le reproche fait à l'auteur (R. Ogier) de négliger la dimension épistémique (et anthrologique voire phénoménologique) des questions qu'il soulève n'est pas pertinent en cela que cette dimension est hors sujet dès lors qu'elle ne permettent pas de définir des normes rationnelles minimales qui doivent valoir dans une société pluraliste et libérale, ce qui est l'objet même du propos de l'auteur.

Le fait que ces question soient posées par différents mouvements d'opinion nous imposent de traiter les réponses que notre société peut en faire sur un mode rationnel, quant à leur cohérence avec les principes du droit libéral et donc ressortant d'une morale minimale (ou a minima) qui ne prenne en compte que les relations à autrui et non pas celle impliquant une vision de l'expérience humaine particulière ce qu'implique nécessairement toute référence anthropologique ou phénoménologique déterminée à une prétendue a expérience que vous avez raison de qualifiée in-extrémis de "mystique."

Comme le dit Kant la question de ce que sont les humains du point de vue une anthropologie ou phénoménologie particulière déterminée (dont je n'exclus aucun des auteurs que vous citez qui ne me semble jamais atteindre l'universel malgré la prétention qu'ils affichent, dès lors que l'idée d'une essence des comportement ou d'un être de l'homme reste profondément métaphysique et donc au sens kantien discutable) ne doit pas décider, ni même intervenir dans la détermination de ce qu'ils doivent être dans une société individualiste (ce qui ne veut pas dire égoïste) , libérale et pluraliste dont il est au mieux vain et au pire très dangereux de prétendre nous affranchir.

Ceci dit, ce qui manque en effet chez l'auteur, c'est l'analyse des conditions sociale, voire économique et politiques, de l'exercice de liberté individuelle qui pourraient rendre possible, sans détournement mystificateur, une telle morale minimale.

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Afeissa Hicham-Stéphane

02/06/09 10:38
Merci beaucoup de ce commentaire, M. Reboul. Je crains toutefois qu'il y ait un malentendu que je vais m'efforcer de dissiper.
Tout d'abord, je m'étonne de voir que vous réduisiez les analyses phénoménologiques à un vague subjectivisme dénué de toute force normative. A quel auteur songez-vous exactement? Ne confondez-vous pas la phénoménologie (celle de Husserl, de Heidegger aussi, de Lévinas encore) avec une littérature descriptive?
Ensuite, vous n'avez pas bien noté, me semble-t-il, le sens de ma référence à Kant : dans le passage que je cite, il n'est absolument pas question de "dignité" (et c'est l'un des reproches que j'aurais pu faire à Ruwen Ogien : la position kantienne est fort mal restituée), mais de l'expérience subjective que le malade fait de se propre maladie.
Enfin, il me semble qu'il faudrait répondre à l'essentiel de ma critique, à savoir l'absence totale de toute perspective généalogique (en référence à la méthode de problématisation foucaldienne). Quand se pose-t-on les questions de gestation pour autrui, de transplantation, etc.? A quel moment de l'histoire? Dans quel contexte social et culturel? Qui s'interroge en ces termes? Comment les options se présentent-elles ? Quelle est l'anatomie politique (comme disait Foucault, qui me paraît toujours dominer d'assez haut ces débats) des problèmes examinés?
Bien à vous,
HSA.

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