Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Les synthèses consacrées à l’histoire africaine demeurent encore peu nombreuses, surtout celles qui se distinguent par leur solidité et leur clarté. L’ouvrage de Frederick Cooper en fait partie et l’on ne peut que se réjouir de sa parution en français, six ans après l’édition anglaise. Il commence et se termine par l’évocation de deux évènements majeurs – et fortement médiatisés – de l’histoire récente de l’Afrique : le drame du génocide rwandais, et les premières élections en Afrique du Sud, qui se sont tous les deux déroulés en 1994. D’entrée de jeu, Cooper met ainsi en évidence deux aspects antinomiques de l’évolution politique et sociale du continent, deux images de l’Afrique qui nous interdisent d’opter résolument pour un optimisme béat ou un pessimisme irréductible lorsqu’il s’agit de penser son présent et son avenir à la lumière de son histoire.
Une sociologie historique de l’impérialisme colonial en Afrique
Dans son analyse de la situation coloniale en Afrique, Cooper n’opte pas dogmatiquement entre une approche "par le haut" ou "par le bas" . En d’autres termes, son propos considère aussi bien les élites africaines et leurs rapports avec les tenants de l’impérialisme européen que les trajectoires des "gens du commun" dont il souligne la diversité. À cet égard, l’auteur rappelle la multiplicité et la complexité des intrigues de l’histoire du continent après la Seconde Guerre mondiale, une période, écrit-il, dont la particularité est "le nombre de choses qui semblaient possibles" (p. 63).
Ce propos apparemment banal revient au fond à rappeler le caractère fondateur des années 1940 dans la formation des États africains contemporains mais aussi la part active jouée par la majorité des "(ex-)sujets" de l’impérialisme occidental dans les recompositions sociales et économiques qui voient le jour à ce moment-là. Cooper insiste avec force sur certains aspects de la sociologie du moment colonial peut-être moins bien perçus par l’historiographie francophone qu’anglophone : les rapports entre les milieux urbains et ruraux ; l’intensification des courants migratoires internes au continent ; une approche fondée sur la gender history ("histoire des genres") qui met en lumière le rôle remarquable joué par les femmes dans la formation des mouvements nationalistes ou dans le soutien apporté à l’économie locale et domestique.
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