On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Technologies du "cœur de réseau", réseaux d’accès, réseaux spontanés, Internet des objets, émergence de nouveaux contenus, de nouveaux usages, de nouveaux services… Ces thèmes nourrissent la réflexion sur l’Internet du futur. Une consultation publique a été lancée mercredi 20 mai sur cette question par Valérie Pécresse, Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Luc Chatel, secrétaire d'État chargé de l'industrie et de la consommation, et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État à l'économie numérique.
Jusqu’au 13 juillet, "l'ensemble des acteurs concernés par ce thème", jusqu'au citoyen en mal de rêve technologique, est invité à prendre la parole sur ce sujet. En réalité, universitaires et chefs d’entreprise sont surtout sollicités. D’une part, le caractère pointu des questions nécessite une bonne connaissance du domaine. D’autre part, l’objectif majeur de l’opération consiste à améliorer le fonctionnement d’Internet et à en tirer des bénéfices économiques.
Cette réflexion publique pour le développement des technologies révèle la volonté du gouvernement de mettre en place un plan d'action permettant de profiter des retombées économiques issues des évolutions d'Internet et de ses usages. Cette volonté de placer les technologies de l'information et de la communication au centre de l'économie fait partie d'un projet global, incluant notamment le plan de relance numérique proposé par NKM début mai, doté de 800 millions d'euros. C'est aussi en tant que pays européen que la France incite à la recherche sur ce sujet, car les pays de l'Union tendent ensemble à rattraper leur retard, en particulier vis-à-vis des États-Unis et du Japon![]()
1 commentaire
pgautier
Cependant, compte tenu du sujet éminemment complexe (Internet), cette démarche consultative – dans sa formulation - n’est-elle pas ambigüe ?
En réfléchissant à ce sujet, j'identifie deux types de réponses possibles :
1)
La première (« gourou ») consiste à développer des visions de l’Internet du futur et, moyennant un «gap analysis», déduire les axes à développer en matière de R&D, investissements, positionnement, formation, etc.
Cette réponse est celle qui, d’ordinaire, préside au pilotage des politiques en matière de R&D des grands états, on la retrouve plus rarement dans l’élaboration des stratégies industrielles des acteurs économiques (plus pragmatiques).
Elle est utile en matière de recherche fondamentale (horizon >5 ans), peu efficace en recherche appliquée (horizon 2-5 ans) et «hors sujet» en deçà de ces délais.
Ce contexte est souvent propice à l’expression initiale des «gourous» qui disposent de la «vision du futur» (ou de bons appuis politiques) et nécessite de parier sur le futur.
L’histoire nous enseigne que la majorité de ces prédictions sont souvent réfutées par la suite…
Les réponses jugées les plus pertinentes (ou les mieux soutenues) sont alors utilisées comme objectifs et la politique mise en œuvre s’attache à définir les réponses – souvent normalisées ou standardisées - permettant de passer des «savoirs et moyens existants» aux «projections retenues comme objectifs».
Cette approche peut brider la créativité de certains concepteurs mais permet à tout un écosystème (officines de R&D, grands acteurs économiques, spécialistes du lobbying, associations, organismes de normalisation, etc.) de prospérer et (sur)vivre.
Elle occulte néanmoins une réalité souvent observée : celle de l’émergence d’innovations latentes qui créent des ruptures et se traduisent – dans le secteur marchand – par des success stories et des «standards de fait» (je ne donnerai pas de noms).
Je cite pour l’exemple l’analogie suivante : «Un enfant naît en 1950. Ses parents prédisent qu’il voudra devenir écrivain. Ils mettent donc tout en œuvre pour améliorer les moyens existants : stylo encre, papier, etc. En 1978, l’ordinateur se généralise et, qui plus est, l’enfant préfère danser plutôt qu’écrire des romans…»
2)
La seconde, plus pragmatique, consiste à faire observer par des experts objectifs les développements déjà engagés par les acteurs de l’Internet (acteurs directs et indirects).
En fonction de la pertinence de ces développements et selon un constat « a posteriori » (et non « a priori »), il s’agit donc de verser des aides adaptées (déconnectées de tout clientélisme ou lobbying) et se référant à une grille de lecture faisant référence (système de valeurs communes).
Il ne s’agit là que de favoriser des évolutions « systémiques » (ou Darwiniennes) de sélection et d’auto-organisation naturelles : les idées inadaptées ou farfelues disparaissant d’elles-mêmes.
Cette réponse (approche) est plus axée sur les écosystèmes relatifs à l’entrepreneuriat et un peu moins sur ceux qui relèvent de la « voyance ».
En parallèle, la question à poser n’est pas :
« Que deviendra l’Internet dans X années » ?
Mais :
« Comment, en avançant, nous allons identifier les bonnes opportunités et gérer la cohésion d’ensemble (sécurité, déontologie, …) » ?
Pour les lecteurs empreints de « systémique », la question est donc « comment allons-nous piloter (gérer, assister…) l’auto-développement de l’Internet » ?
Je reprends, pour l’exemple, l’analogie suivante : « Comment – en tant que parents – allons-nous piloter (assister) le développement de notre enfant ? Quelles valeurs allons-nous lui transmettre ? Comment allons-nous développer ses capacité d’adaptation ?, … »
Notre objectif est en effet de l’autonomiser afin pour qu’il puisse donner, une fois adulte, le meilleur de lui-même…
Philippe GAUTIER (www.business2any.com)