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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
Le réalisateur Michael Haneke a donc reçu à Cannes la récompense suprême, la palme d’or. Si, lors de la conférence de presse annonçant la sélection officielle, en avril, le délégué général du festival, Thierry Frémaux, avait pris soin de préciser qu’aucune nationalité ne serait mentionnée – les films étant de plus en plus le produit d’associations d’individus de plusieurs nationalités –, lors de l’annonce de cette palme d’or, c’est bien un réalisateur « autrichien » qui a été honoré, pour un film dont l’action se passe en Allemagne, pendant l’année qui précède la Première Guerre mondiale. La plupart des commentateurs, comme celui qui assistait pour une chaîne de télévision privée à la cérémonie de clôture, ont ajouté que le film éclairait sur les racines du mal, sur la situation sociale et morale d’une Allemagne essentiellement rurale qui allait, moins de deux décennies plus tard, porter très démocratiquement un certain Adolf Hitler au pouvoir. Mais pendant la projection du film (dont la sortie est prévue en octobre en France), une question émergeait rapidement : en quoi le propos de Haneke concerne-t-il spécifiquement l’Allemagne ?
A travers une dizaine d’épisodes, l’ancien instituteur d’un petit village protestant du nord de l’Allemagne nous relate divers incidents, parfois presque mystérieux, qui témoignent tous de l’extraordinaire pression qui s’exerce à l’époque sur les habitants : un baron qui règne sur son domaine comme au Moyen-âge, des familles courbées sous le poids d’un patriarcat des plus autoritaires, et une religion mère de toutes les frustrations et génératrice, bien sûr, des névroses les plus classiques. Dans ces conditions, les enfants vivent dans un état de servitude physique et morale et la seule échappatoire sera, comme l’histoire nous l’a enseigné, le fascisme, à défaut d’une révolution dont 1968 allait apporter dans quelques domaines une certaine ébauche.
Mais pourquoi le réalisateur autrichien est-il allé situer son sujet en Allemagne ? Il a eu l’occasion, lors de différents entretiens, de rappeler qu’il était lui-même issu d’un milieu protestant très coercitif, dont La Pianiste permettait déjà de laisser entrevoir les dégâts. Puisque c’est bien chez ses voisins du nord que se trouve le berceau du protestantisme, plus que dans la très catholique république alpine, il était sans doute naturel qu’il y place l’action de son film, dont il a d’ailleurs lui-même écrit le scénario et les dialogues. Mais à tout bien considérer, son film est profondément européen et il est un peu rapide d’y voir une histoire « allemande ». Si le film est présenté comme une coproduction entre l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la France, ce n’est pas qu’en raison des différentes sources de financement. Il y a d’abord, bien sûr, un hommage appuyé à l’un des maîtres du cinéma européen, Bergman, dans l’usage du noir et blanc mais aussi dans le respect des acteurs, qui irradient dans chaque scène, qu’il s’agisse des enfants du Ruban blanc ou des villageois des deux Bergman médiévaux (La source et Le Septième sceau). Le thème du proto-fascisme qui intéresse Haneke est aussi celui de L’œuf du serpent, dont l’action se passe également en Allemagne.
Quelles sont les conditions qui ont rendu possible le fascisme ? Il y a bien sûr la crise économique, qui impose des parallèles évidents avec la situation actuelle, mais aussi le pouvoir absolu incarné dans le film par le personnage du baron, qui n’est pas sans rappeler le Cavaliere transalpin ou l’omni-président français qu’il est interdit de prétendre « voir » dans un lieu public comme la Gare Saint-Charles. Que dire de l’interdiction de rassemblement qui frappe les jeunes dans les espaces communs des cités ? De la politique du chiffre qui vise les contrôles d’identité tout comme les expulsions ? Des sans-papiers acculés au suicide pour échapper aux violences policières ?
5 commentaires
Sousse
C'est effectivement un très beau film, sur le fond et sur la forme. Digne de Bergman ! Je n'avais pas vu un aussi beau film depuis longtemps.
Jérôme Segal
http://www.education.gouv.fr/cid25781/festival-cannes-prix-education-nationale.html
Eve
PAO
MAO
félicitations!