Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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''L’Esprit des Lois'' de Soundiata Keita
[mardi 26 mai 2009 - 05:00]
Afrique-Maghreb
Couverture ouvrage
La Charte de Kurukan Fuga : aux sources d’une pensée politique en Afrique
CELHTO
Éditeur : SAEC/L'Harmattan
162 pages / 14,73 € sur
Résumé : Le contrat social des sociétés ouest-africaines du XIII° siècle revu et corrigé par des intellectuels africains. Un mythe de fondation politique ?
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En creux, chez la plupart des auteurs, se niche une critique implicite de ceux des dirigeants africains actuels à qui manque la volonté politique de s’inspirer de ce passé prestigieux et endogène, se contentant d’une imitation des modèles politiques occidentaux, ou qui convoquent le "mauvais" passé, cherchant des justifications culturalistes à leur pouvoir personnel et autoritaire à travers la figure du "Chef" (comme si, par comparaison, le gaullisme devait résumer à lui seul les traditions politiques françaises)  . À l’inverse, pour les promoteurs de la Kurukan Fuga, on doit pouvoir exhumer de ce passé des façons de faire et de penser l’équilibre des pouvoirs, la prévention des conflits, l’organisation d’une société civile robuste, la décentralisation et le fédéralisme. Autrement dit, on doit pouvoir trouver dans le passé de l’Afrique les traditions politiques… que l’on y cherche !

Par delà la nécessaire critique historienne, il faut donc lire ce travail culturel comme une véritable entreprise transnationale de codification de textes politiques africains en mesure de se comparer avec leurs équivalents occidentaux. Ses promoteurs cherchent explicitement dans la Charte de Kurukan Fuga un équivalent de la Magna Carta (1215/1297) de l’Angleterre médiévale, voire pour certains, des Bill of Rights, de l’Habeas Corpus ou de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de la tradition européenne. L’exégèse des articles de la Charte se fait donc à la lumière des concepts contemporains des droits de l’homme.

De fait, depuis sa mise en circulation en 1998, la Charte a déjà servi de base pour l’affirmation de l’origine endogène de concepts appartenant au Zeitgeist de la modernité politique : droits de l’homme, décentralisation et fédéralisme, démocratie locale, protection de l’environnement, protection sociale, féminisme, diversité culturelle... Au Sénégal par exemple, la Charte est inclue dans certains modules d’enseignement de l’éducation civique à côté des principaux textes des Nations unies sur les droits de l’Homme et ses principaux articles compatibles avec le Zeitgeist actuel servent de base de discussion et d’introduction de certaines leçons. Au Mali, Kurukan Fuga est érigé au rang des principaux lieux de mémoire nationaux et figure dans la liste des sites proposés par le Mali au titre du patrimoine mondial de l’UNESCO.

En une décennie, Kurukan Fuga est devenu un topos incontournable permettant la célébration des traditions politiques de l’Afrique précoloniale et d’une genèse proprement africaine des catégories politiques de la modernité  . En plaidant pour une origine multiple des traditions politiques démocratiques et en substituant l’analogie à la généalogie (l’Afrique a des traditions politiques analogues à celle de l’Europe et qui ne lui doivent rien),  l’objectif est donc de se débrancher historiquement du modèle politique occidental pour mieux s’en rapprocher, voire le dépasser, à partir de ses propres traditions.

Mais contrairement à la plupart des nationalismes culturels qui prennent souvent soin de masquer leur travail d’actualisation/réinvention des traditions sous la rhétorique de l’authenticité, l’intérêt et l’honnêteté de l’ouvrage résident dans le fait qu’il énonce explicitement le travail culturel à réaliser pour populariser cette Charte et la faire accéder au rang de tradition politique majeure à l’échelle africaine et mondiale dans le cadre d’une concurrence symbolique mondiale pour le prestige des pensées politiques : médiatiser la trouvaille, en lisser les aspérités dommageables au regard du double objectif de consensus et de modernité, la confronter par une comparaison avantageuse avec les grands textes politiques du monde entier… 

Ne doit-on pas craindre cependant que ce travail culturel risque de devenir victime de son succès à mesure qu’il se diffuse et se vernacularise, à la manière de la "redécouverte" des manuscrits de Tombouctou ? Dans l’enthousiasme de ce processus de réinvention d’un humanisme ouest-africain et de célébration de la créativité politique de l’Afrique à travers l’histoire – vécu comme une reprise d’initiative culturelle et historique, à défaut de politique, du continent – l’invention d’une tradition politique risque de ne plus s’assumer comme telle et de prendre l’épaisseur d’un véritable mythe politique.

N’en déplaise aux sceptiques qui n’y verraient que repli sur soi, la réappropriation réflexive de ce passé politique africain peut néanmoins être à la source de réflexions novatrices de pensée politique (pluralisme politique, équilibre des pouvoirs, intégration des communautés, etc.), comme partout ailleurs l’on s’est aussi nourri d’un passé réinventé pour penser les formes politiques du présent. À condition toutefois de distinguer le travail politico-culturel (de réhabilitation et d’invention) du travail scientifique (de critique des usages politiques du passé). Ce que nous disent les auteurs de l’ouvrage, c’est qu’il n’y a pas de raison que l’Afrique fasse exception.
 

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2 commentaires

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Rédaction@Djibril Tamsir NIANE

09/01/12 17:22
Bonjour Monsieur,

C'est corrigé,

Bien à vous,

La Rédaction
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Anonyme

29/12/11 21:29
bonjour Messieurs,
je vous prie de noter que la Charte de KURUKAN FUGA aux sources d'une pensée politique en Afrique est une co édition SAEC L'Harmantan
La SAEC étant la Société Africaine d'Edition et de Communication Basée à Conakry Guinée
Comme vous pouvez le noter sur la page de couverture il existe bien le Logo de la SAEC sur la gauache et celui de l'Harmantan sur la droite

Par conséquent, je vous demande bien vouloir insérer l'adresse de SEAC à la place qu'il convient
Vous m'obligerez beaucoup.
Signé Pr Djibril Tamsir NIANE Directeur de la SAEC
Email : saec.editions@yahoo.fr
dtniane@yahoo.fr

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