Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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"La découverte de la Charte du Mandé est sans nul doute l’événement culturel majeur de la fin du XX° siècle en Afrique noire. Sans doute est-ce tout simplement l’histoire des institutions politiques et sociales de l’Afrique noire qu’il faut revisiter". C’est par ces mots emplis d’enthousiasme que l’historien guinéen Djibril Tamsir Niane introduit le texte de la Charte de Kurukan Fuga. Mais qu’est-ce donc que Kurukan Fuga ? Une clairière au sud-est de l’actuel Mali, au cœur du terroir historique manding, dans laquelle, selon l’épopée de Soundiata Keita, celui-ci aurait convoqué "vers 1236" une assemblée pour organiser le fonctionnement de son empire suite à sa victoire militaire sur le royaume sosso de Soumaoro Kanté.
La publication de cette "Charte" est l’aboutissement d’un travail culturel mené depuis une décennie par des intellectuels sénégalais, maliens et guinéens. La Charte est "née" en mars 1998 lors d’un séminaire sur les radios rurales réunissant des traditionnistes malinké dans la ville guinéenne de Kankan. Après que les traditionnistes eurent récité les aspects de la geste de Soundiata qu’ils connaissaient, le magistrat guinéen Siriman Kouyaté (lui-même d’une famille de griots), a traduit le texte en français, l’organisant en 44 articles pour en faire l’équivalent d’une constitution moderne .
Le texte de 1998, publié ici, organise la distribution du pouvoir en groupes d’hommes libres, groupes dirigeants, groupes maraboutiques, groupes d’artisans et enfin esclaves. Les principales institutions des sociétés ouest-africaines y sont énoncées (classe d’âge, parenté à plaisanterie) ainsi que les rapports homme/femme, les règles du mariage et de la propriété notamment . Encadrant le texte de la Charte, l’introduction par Djibril Tamsir Niane revient utilement sur la séquence historique précédant l’ascension de Soundiata Keita. À la suite, les commentaires de Mangoné Niang, Siriman Kouyaté, Boubacar Boris Diop, Raphaël Ndiaye, Hamidou Dia, Iba Der Thiam, Martin Faye, Cheikh Hamidou Kane et Ousmane Sow Huchard alimentent la réflexion sur la genèse et l’avenir de cette Charte.
La référence à l’assemblée de Kurukan Fuga n’est pas nouvelle , mais ce qui est nouveau, outre la volonté de codification intégrale dont témoigne sa version écrite et publiée pour la première fois en livre, c’est le rôle qu’on lui fait désormais jouer. Pour ses promoteurs, dont la plupart signent des textes dans l’ouvrage, la Charte, lue comme un véritable code juridique organisant la vie en société dans l’empire du Mali, révèle un "esprit législateur" dans les sociétés ouest-africaines du XIII° siècle.
2 commentaires
Rédaction@Djibril Tamsir NIANE
C'est corrigé,
Bien à vous,
La Rédaction
Anonyme
je vous prie de noter que la Charte de KURUKAN FUGA aux sources d'une pensée politique en Afrique est une co édition SAEC L'Harmantan
La SAEC étant la Société Africaine d'Edition et de Communication Basée à Conakry Guinée
Comme vous pouvez le noter sur la page de couverture il existe bien le Logo de la SAEC sur la gauache et celui de l'Harmantan sur la droite
Par conséquent, je vous demande bien vouloir insérer l'adresse de SEAC à la place qu'il convient
Vous m'obligerez beaucoup.
Signé Pr Djibril Tamsir NIANE Directeur de la SAEC
Email : saec.editions@yahoo.fr
dtniane@yahoo.fr