On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

À l’évidence, le rapport d’un État et d’une nation à l’histoire n’est pas innocent. Il est toujours marqué du sceau de la sélection, de l’oubli, et procède d’une complexe et permanente actualisation des références du passé. C’est cette question qui a intéressé Driss Abbassi, enseignant-chercheur à l’Université du Sud – Toulon – Var et chercheur associé à l’Institut de Recherches et d’Études sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM), et qui l’a incité à analyser dans son dernier ouvrage le contenu des livres d’histoire et de géographie publiés à l’intention des classes primaires et secondaires en Tunisie, de l’indépendance au début des années 2000. Cette étude de contenu systématique, l’auteur l’a complétée par de brèves incursions dans les documents destinés à la promotion touristique du pays et à son rayonnement international dans le domaine du sport de haut niveau. Sans épuiser ses propos, tentons de restituer ici les grandes étapes de l’invention chaotique de l’identité tunisienne dessinées dans cet essai passionnant.
Ben Ali et la réinvention d’une Tunisie essentiellement méditerranéenne
Soulignons d’abord le paradoxe. L’image élaborée par le pouvoir de Ben Ali, et largement entretenue du reste par les acteurs de la promotion touristique depuis une bonne décennie, ressemble étrangement à celle qui fut véhiculée durant la période coloniale : une Tunisie essentiellement méditerranéenne, en termes géographique et culturel, et sans grande attache avec son appartenance maghrébine.
La majorité des références au passé mises en avant font ainsi l’impasse sur l’enracinement dans la culture arabo-musulmane et sur la période coloniale pour promouvoir l’appartenance carthaginoise et, dans une moindre mesure, romaine. Mentionnons ici pour exemple que la Tunisie propose désormais entre autres produits à caractère historique et culturel des circuits touristiques carthaginois et qu’Hannibal figure sur l’un des billets de banque (le plus petit il est vrai), celui de un dinar. En enracinant dans ce lointain passé l’identité nationale, il s’agit de fonder la spécificité de la Tunisie sur "l’ancienneté de son territoire et [sur] son ‘exceptionnalité’ géographique", écrit Driss Abbassi.
3 commentaires
utile47
Amicalement
Utile47
selon anis
A t-on besoin d'une vraie identité tunisienne? Cette même identité existe t-elle ou s'est elle perdue entre Islam, rêve arabe ou rêve occidentale.
La Tunisie a elle besoin d'une nouvelle identité exprimant ces vraies valeurs et ses nouveaux besoins. Ou faut t-il continuer à suivre la classique identité arabo-musulmane ?
C’est depuis l’époque du Khaled Ibn Walid qu’on connu l’arrivée de l’islam et de culture arabe
Cette dernière malgré sa richesse et ce qu’elle a apporté d’important à notre histoire, n’a pas réussi à ajouter mais plutôt supprimer et reconstruire.
Je ne fais pas partie de ces nostalgiques des temps berbères, de ceux qui sont viscéralement islamophobes, qui eux renient l’évidence, à savoir qu’ils sont en partie arabes et musulmans balayant d’un revers de main les apports essentiels de la civilisation arabe. Comme dirait Nietzsche, ce sont des nihilistes qui ont tué dieu et gardé sa morale. Je ne suis pas non plus un pro-occidental invétéré .Si non je serai qu’un simple chercheur de solutions existantes et de modèles prêts à appliquer ( dans l(histoire, aucun changement ne réussit s’il n’est le fruit des propres besoins et l’âme de l’identité du peuple).
La Tunisie depuis l’époque de Carthage n’est un mélange de divers ethnies, religions, mouvements politiques et philosophique (c’est seulement avec l’arrivée des arabes que tout a changé) et depuis on souffre du « le malaise de la civilisation » ou je dirais bien la routine de la civilisation.
Il ne faut pas etre aussi offensant et fermé sur cette civilisation qui reste toujours un composant essentiel de l’histoire de la Tunisie.
Moi, je demande qu’il soit rendu à César ce qui revient à César, rien d’autre.
Je suis fier d’être né musulman (même si je le suis pas vraiment mais je parle de l’islam comme culture et non pas l’islam des pays de Golfe) et reconnait les apports de la civilisation arabo-musulmane qui fait partie intégrante de notre identité tunisienne. JE dis juste qu’il faut aussi reconnaître nos différences fondamentales avec les autres pays arabes et réhabiliter aussi le côté berbère , phénicien, romain, juif , germain, turc et français trop souvent négligés de notre identité.
Le problème c’est que pour beaucoup qui tombent dans l’idéologie, comme pour ces marxistes (anti arabes et antipatriotiques sous contexte du respect du livre marxiste) et autres arabophones c’est tout ou rien. Nous sommes soit arabes soit berbères soit « occidentalisés » soit rien. C’est une position non seulement injuste envers notre histoire mais extrémiste et dangereuse (surtout pour un pays en phase de développement économique).
Je ne peux en passer sans oublier le coté marxiste en moi, Marx dit que le facteur économique et le majeur moteur de tout changement et évolution, alors une économie tunisienne serait elle la solution ? ou se manifeste notre identité économique ? Peut-on en parler d’une identité économique dans un monde ou les lois du marché internationales règnent et les Gourous de la mondialisation frappent à nos portes ?
Les idéologies extrémistes nous séparent, le tunisien ne peut retrouver confiance en lui et surtout remplir le vide idéologique qu’en cherchant en lui-même, son environnement et sa culture sa vraie identité.
Cette conception extrémiste illustre le désarroi et la crise identitaire des jeunes en Tunisie.
Certains, sous l’influence d’un prosélytisme islamiste de plus en plus agressif notamment à travers certaines chaînes télé du golfe versent dans un intégrisme religieux dangereux et veulent faire de la Tunisie un pays obscurantiste. L’islam de nos jours et avec les défis qui nous attendent devient un problème et ne peut jamais être la solution (l’islam est une religion et dés que ça dépasse sa définition ca devient une charge lourde sur l’épaule de La Tunisie de demain).
D’autres leurrés par le mirage occidental vendent leur peau pour un aller simple à travers la méditerranée. D’autres encore, ballotés entre athéisme et « libéralisme » préconisent un alignement total sur la société occidentale (il y en a même qui prônent l’intégration à l’union européenne et l’adoption de l’alphabet latin...).
Tous ces idées extrémistes ne sont liés que par un point commun : l’absence de confiance en soi, l’absence d’un « état psychologique » stable intermédiaire (modéré même) qu’on trouve et à travers le qu’elle on se retrouvera. C’est un vide idéologique et identitaire qu’on ressent (preuve que l’identité arabes on l’a jamais vécu et ne nous a jamais aidé (comme tunisiens).
Les tunisiens ne trouvant pas de valeurs et de repères identitaires valorisant à l’intérieur même de notre société et se rabattent donc sur d’autres modèles étrangers. Les Américains quant ils ont besoin de héros se rappellent Washington Jefferson ou Kennedy, les français ont Vercingétorix, Robespierre ou de Gaulle. Et nous, ou sont passé nos vrais héros et valeurs humaines de notre histoire ( riche en elle-même que d’autre miette d’histoire de pays cité précédemment) Les tunisiens, vers qui se tournent-ils en quête de valeurs ? Aujourd’hui c’est soit Ben Laden et Saddam soit d’autres héros étrangers occidentaux.
Est-ce exprès de faire oublier les valeurs de faire noyer la vraie personnalité tunisienne dans un océan de films égyptiens, de musique libanaise (même des feuilletons turcs de nos jour)
Laissez nos artistes s’exprimer, Un musicien peut nous rendre espoir avec son instrument qu’un politicien avec ses discours.
y-23