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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale.

Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.

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Cannes, un festival plus cosmopolite que jamais
[mercredi 20 mai 2009 - 10:00]
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Mais qu’est venu faire notre Johnny Hallyday, dans Vengeance, du réalisateur hongkongais Johnnie To, présenté en compétition à Cannes ? Il n’y a sans doute pas plus français que ce chanteur qui, dans un scénario aux grosses ficelles, se présente comme « chef », en anglais dans le texte, d’un restaurant des Champs-Elysées. Le film, qui a comme unique mérite de nous offrir des plans superbes de Macao et Hong-Kong, ne parvient pas à convaincre.

A mi-parcours dans ce 62ème festival, l’événement est sans doute la présentation du dernier film de Francis-Ford Coppola, au programme de la Quinzaine des réalisateurs car le maestro, bien qu’âgé de 70 ans et deux fois primé à Cannes, a préféré délaisser la « soirée formol » que lui proposait la sélection officielle (en langage diplomatique on dit « hommage »), pour ouvrir la section parallèle du festival qui a révélé de si nombreux cinéastes et présente aujourd’hui des projets parmi les plus innovants. S’offrant le luxe de filmer en noir et blanc, comme à l’époque de Rusty James, Coppola a fait le choix du numérique avec une photo splendide qui se déguste dans chaque plan. Pour ce film très personnel faisant écho à son histoire familiale, l’Italo-Américain est allé filmer en Argentine et ses acteurs mélangent avec audace l’espagnol et l’anglais.

Toujours dans la Quinzaine, ce sont les troubles identitaires d’une petite fille franco-japonaise qui se trouvent résolus par la magie du cinéma, grâce à une forêt qui rapproche les continents. Ce film, Yuki et Nina, est le fruit d’une collaboration entre Hyppolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, l’un français ne parlant pas japonais, l’autre japonais ne parlant pas français

En dehors de Vengeance, logiquement assez froidement accueilli, au-delà du non-événement constitué par le retour de Johnny sur la Croisette, les films en compétition sont souvent profondément marqués par la mondialisation. Dans Nuit d'ivresse printanière, du chinois Lou Ye, il est question de l’homosexualité dans l’empire du milieu. Tournée caméra à l’épaule, en totale clandestinité, ce film intimiste étonne par l’usage récurrent qui est fait du téléphone portable, signe de liberté autant que de dépendance (cf. Tom Cruise dans le magnifique Eyes wide shut de Kubrick).

A l’encontre de ce film émouvant, le grand théâtre Lumière a aussi accueilli le grandguignolesque Thirst, du Coréen Park Chan-Wok. Cette histoire de vampire mélangeant le gore et les clichés exploite au départ la peur d’une pandémie, dont l’origine est bien entendu située en Afrique et qui est identifiée par de gentils curés catholiques (il est d’ailleurs question d’un « virus Emmanuel »). A travers ce film, c’est à la fois Thérèse Raquin de Zola et le mythe de Superman, volant avec sa belle dans ses bras, qui sont revisités, mais malheureusement sans grande inspiration. La réaction du public était d’ailleurs curieuse, les scènes les plus gores étant accueillies par des rires, comme s’il était entendu que nous assistions à une mascarade, un carnaval des mythes et légendes du monde entier.

On aurait pu alors se dire que le polar de Jacques Audiard, Un Prophète, serait bien « franco-français », comme ses précédents opus (De battre mon cœur s’est arrêté, Sur mes lèvres) ou les films mis en dialogue par son paternel. Que nenni, dans la plongée qu’il nous propose au sein des prisons françaises, on retrouve la tour de Babel et seul le héros du film, le jeune beur superbement joué par Tahar Rahim, arrive à échanger avec les Corses, les « barbus », « le Gitan » ou « l’Egyptien ». De tels films sont impensables en version doublée et il est significatif que cette année, les films en compétition soient présentée sans aucune mention de nationalité. Un pas décisif vers le cosmopolite a été franchi, Cannes, devenant pour deux petites semaines la capitale du cinéma du monde et non plus le microcosme du monde du cinéma, comme à l’origine du festival.

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5 commentaires

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matou

22/05/09 23:50
très fluide et péchu, article de cinéphile qui met l'eau à la bouche et atténue la frustration de ne pas y être !

Merci à toi !
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c-oim (Sousse)

21/05/09 14:33
merci à Jérôme Segal pour ce brillant reportage synthétique et agréable à lire.
La venue de Jonny est effectivement pour moi aussi un "non-évènement" dont nos médias sont hélas, actuellement bien trop friands....
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MAO

20/05/09 20:29
très agréable compte-rendu qui rend compte de façon assez personnelle des films que l'on peut voir.
Cet aperçu donne envie de voir bon nombre des films cités
la fin del'aricle est bien vue!
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arlequin

20/05/09 11:47
Bonjour!
Je suis tombée sur des vidéos très sympas sur le site de Nespresso www.nespresso-ultimate-events.com. Chaque soir vers 18H on peut voir des courtes interviews de Vincent Maraval, co fondateur de Wild Bunch qui raconte les dessous des tournages des fims qui seront présentés durant le festival avec plein d'anecdotes. Et on a le résumé des films et toutes ces anecdotes la veille de leur projection sur la croisette.
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Cinéphile parisien

20/05/09 10:49
Merci à nonfiction pour cette chronique originale qui complète ce qu'on peut lire ailleurs !

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