Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Les deux auteures enseignent respectivement aux Universités de Pavie et de Ferrare, et nous avaient déjà donné en 1991 un ouvrage remarqué sur « les péchés de la langue », que l’on retrouvera naturellement ici. Le présent ouvrage a connu une première édition italienne en 2000, suivie de sa première traduction française en 2003. Il s’agit donc ici d’une réédition, que la qualité de l’ouvrage méritait amplement.
Livre savant, parfois même difficile, au moins pour ceux de nos lecteurs pas forcément familiers de St Augustin ou de St Thomas d’Aquin. Qu’ils « s’opiniâtrent » pourtant - comme disait Montaigne : l’ouvrage en vaut la peine. D’abord parce que grâce à nos deux auteures, ils auront contact avec une série de textes fondamentaux, toujours bien choisis, et qui portent à la réflexion : traités de théologie et de morale, opuscules ascétiques, matériaux divers destinés à la confession ou à la prédication, textes à vocation pastorale, etc. Quel parcours, donc, d’Evagre le Pontique , Cassien , du pape Grégoire le Grand (590-604), à Abélard ), saint Bernard, Albert le Grand ), ou Hugues de Saint-Victor , jusqu’à Gerson, théologien parisien du début du XVe siècle ). Rare panorama de toute la pensée médiévale sur le sujet des péchés capitaux.
C’est qu’il n’était pas mince, et le demeure, au moins pour les croyants, aujourd’hui encore. Qu’est-ce que le péché ? Quelle hiérarchie entre nos fautes ? Et quels « remèdes » ? Leur estimation n’a-t-elle pas varié, dans le temps ? Selon les milieux ? Autant de questions que soulève le livre.
Pour ce faire, nos deux collègues se sont évidemment réparti la tâche : les chapitres II, IV,V et VI sont dus à la plume de Carla Casagrande, les chapitres I, III, VI et VIII sont de Silvana Vecchio. Sur ces neuf chapitres, les sept premiers sont consacrés chacun à un élément du septénaire, « canonique » depuis Cassien et Grégoire le Grand, dans l’ordre habituel : orgueil, envie, colère, acédie, avarice, gourmandise, luxure. Chacun va faire l’objet d’une présentation, à la fois analytique et diachronique, à partir des sources bibliques et patristiques, puis médiévales, celles-ci émanant la plus souvent d’hommes d’Église et relevant des divers genres « littéraires » mentionnés plus haut. Un des grands intérêts du livre est justement de nous montrer que, bien loin d’avoir été figée dans le temps, la notion de péché, la hiérarchie des fautes et donc de leurs compensations, l’éthique face au travail, à l’argent, au sexe, n’ont cessé d’évoluer en fonction des milieux sociaux, des activités des hommes, des enseignements de l’Église. Les deux auteurs proposent donc fort justement une réévaluation du discours sur les péchés capitaux et sur les images qui en furent si souvent les supports.
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