Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !


Mort à 93 ans l’an dernier, Hubert Gignoux, l’un des grands noms du mouvement de décentralisation dramatique, n’échappe pas à l’oubli auquel l’éphémère du théâtre consacre ses pires et ses meilleurs serviteurs. Gignoux fut l’un des meilleurs car il donna à l’un des centres dramatiques, celui de l’Est (devenu aujourd’hui le Théâtre national de Strasbourg), la dimension que l’on était en droit d’attendre, sa morale, son audience et sa puissance de tête chercheuse. Si les auteurs préférés de Gignoux furent Dürrenmatt, Corneille, Hugo, il découvrit, à la fin de son mandat, un certain Bernard-Marie Koltès, un jeune étudiant rétif dont il encouragea les premiers essais théâtraux. Dans les Lettres de Koltès qui viennent de paraître aux éditions de minuit, celui-ci évoque, dans des missives qu’il lui adressait et dans d’autres correspondances, quelle écoute, quelle aide il reçut du vieil aîné, quitte à s’énerver parfois de ne pas bénéficier d’une attention prioritaire ! Gignoux, même âgé, repéra d’autres jeunes écrivains, comme Laurent Gaudé.
Portrait
Cigarette au bec, l’air goguenard, Hubert Gignoux explorait les classiques, montant par exemple pour la première fois Mille Francs de récompense de Victor Hugo (qui était toujours resté dans le secret des livres avant lui), et rencontrait parfois le succès avec des modernes : sa mise en scène de La visite de la vieille dame de Dürrenmatt, jouée par Valentine Tessier, fit un triomphe à Strasbourg et à Paris. Il était aussi acteur. Et aussi auteur, quand il décida de s’interroger sur le comique (Le Rire, essai d’histoire subjective de la comédie) ou de conter l’action de ceux qui l’avaient précédé et de ses propres débuts parmi les Comédiens routiers de Léon Chancerel (Histoire d’une famille théâtrale). Cela méritait un hommage. En voilà deux. Celui que propose la revue Théâtre/Public donne la parole à Yannis Kokkos et Jacques Lassalle. Celui que publie le Théâtre national de Strasbourg est plus foisonnant. Il recueille les paroles d’une rencontre tenue au Vieux-Colombier, à l’instigation de Muriel Mayette pour la Comédie-Française et à celle de Julie Brochen pour le TNS.
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nerval