On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La nouvelle économie psychique
Le dernier ouvrage de Charles Melman "La nouvelle économie psychique - la façon de penser et de jouir aujourd'hui" constitue un approfondissement théorique et clinique de son précédent ouvrage, "L’homme sans gravité". Dans ce livre d’entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, il avait évoqué l’émergence d’une nouvelle économie psychique corrélée aux changements de société dans lesquels nous emporte l’idéologie néolibérale : rejet du "réel" ou profit du "virtuel", banalisation de la violence….
Cette NEP versant psychique n’est pas sans référence à la NEP versant politique que Lénine mena de 1921 à 1924, Новая экономическая политика, par laquelle il réinjectait un peu de capitalisme dans son pays soviétisé et visant, par repli stratégique, à faire au capitalisme une place limitée pour un temps limité. Cette référence - en guise de mot d’esprit ? - n’est pas aussi saugrenue qu’elle peut en avoir l’air, puisque c’est bien de l’idéologie néo-libérale dont il est question, dans son lien avec la subjectivité.
Nous voyons là se dessiner une problématique de recherche que mènent depuis plusieurs années Charles Melman, mais aussi Jean-Pierre Lebrun, et d’autres à l’Association Lacanienne Internationale sur la subjectivité et le lien social d’un point de vue psychanalytique. Cette problématique semble directement liée à la recherche de Jacques Lacan autour de la notion de discours, discours du maître, discours de l’analyste, discours universitaire, discours hystérique, à l’appui des interrogations fondamentales de la philosophie de l’antiquité grecque. Charles Melman dans la continuité de Jacques Lacan, mais aussi dans la continuité des interrogations posées notamment par Platon et Kant, pose bien la question de ce qui peut faire discours aujourd’hui et de ce qui peut faire Un pour les humains.
Quelles sont les grandes lignes analytiques qui fondent ce que Charles Melman qualifie de NEP ? Trois grands éléments se distinguent de la réflexion proposée.
1) Tout d’abord des congruences sociologiques, qui caractérisent l’homme contemporain dans sa vie quotidienne et justifient le qualificatif d’homme sans gravité - d’où une révolution subjective-.
2) Ensuite de nouvelles formes cliniques frappantes pour leur récurrence aux yeux des cliniciens.
3) Enfin l’hypothèse de l’apparition d’un changement anthropologique profond avec le repérage d’une mutation matriarcale dans la transmission.
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