On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
* Claude Lefort est mort le dimanche 3 octobre 2010. L'article ci-dessous revenait sur sa participation au Forum de Grenoble en mai 2009. A lire aussi :
Claude Lefort, pour réinventer la démocratie
Vendredi 8 mai, de 18h30 à 20h, le public de la Maison de la Culture de Grenoble pourra assister à une conférence du philosophe Claude Lefort, suivie d’une conversation avec Pierre Rosanvallon. Le forum organisé par La République des idées et divers partenaires (Le Monde, Le Nouvel Observateur, France culture, La vie des idées…), qui propose cette conférence parmi bien d'autres tables rondes et débats (une centaine d'intellectuels, de journalistes, de chercheurs sont invités), se concentre pendant trois jours sur le thème Réinventer la démocratie.
Invité d'honneur du forum, Claude Lefort nous permet, si ce n'est de la "réinventer", du moins d'envisager la démocratie sous un jour résolument nouveau. Quelques ressources médiatiques récentes retracent les chemins de cette pensée politique singulière. Le Monde, qui en dresse le portrait intellectuel, Philosophie Magazine, qui lui consacre son grand entretien, et Raphaël Enthoven, qui clôt sa semaine des "Nouveaux chemins de la connaissance" sur France culture, dédiée à la réinvention de la démocratie, avec une discussion entre Pierre Rosanvallon et Claude Lefort sur le thème de la légitimité démocratique.
En quoi Claude Lefort contribue-t-il à reconcevoir la démocratie?
D’abord par son parcours, ses engagements, et le courage intellectuel qu'il a manifesté depuis ses jeunes années. Philosophie magazine revient sur l’audace dont il a fait preuve, contredisant les postulats théoriques de quelques uns des plus forts esprits du siècle - Levi-Strauss, Sartre ou Aron. Le portrait du Monde salue quant à lui la "première grande entreprise de critique de la bureaucratie stalinienne et poststalinienne" impulsée par Lefort et Castoriadis avec la revue Socialisme ou barbarie à partir de 1948. L'article rappelle entre autres sa défense indéfectible du dissident Kravtchenko dans les Temps modernes, au moment même où Sartre se convertit au communisme. Claude Lefort ne s'est pas laissé prendre au piège des conformismes politiques et théoriques, et a su porter un regard critique sur les évolutions actuelles de la démocratie.
Les influences qui nourrissent la réflexion de Lefort, et les objets dont qu'il emploie pour penser le politique sont les signes indéniables d’une conception singulière de la politique. À côté de Toqueville ou Quinet, Machiavel tient par exemple le rôle d’"homme de sa vie". Lefort a proposé une lecture novatrice de celui-ci dans Machiavel. Le travail de l’œuvre (Gallimard, 1972), qui rompt avec l’interprétation classique du philosophe en déconstruisant le mythe du machiavélisme. Lefort a aussi théorisé la servitude volontaire de La Boétie au regard du totalitarisme, mais aussi de la démocratie. Et Merleau-Ponty, dont il fut l’élève, l’ami et l’éditeur posthume, l’a suffisamment sensibilisé au rôle du corps pour que celui-ci fasse partie intégrante de sa pensée politique (Sur une colonne absente. Écrits autour de Merleau-Ponty, Gallimard, 1978). Lefort a su enfin accorder un crédit suffisant à l’objet littéraire pour dévoiler, chez Soljenitsyne d’abord (Un homme en trop. Essai sur "L'Archipel du Goulag", Seuil, 1975), puis chez Orwell ou Rushdie des enjeux politique aussi importants que ceux exposés dans des essais de philosophie politique (Écrire. À l’épreuve du politique, Calmann-Levy, 1992).
5 commentaires
sergueï
Henri CRÉTELLA
People
le grec
c.Lefort "père" courage