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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Jean-Pierre Dupuy en Philippulus
[mercredi 06 mai 2009 - 14:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
La Marque du sacré
Jean-Pierre Dupuy
Éditeur : Carnets nord
279 pages / 19 € sur
Résumé : En analysant la résurgence de catastrophes et le retournement de la modernité contre elle-même, J.-P. Dupuy décèle le retour de la transcendance et du sacré.
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Il est difficile de rendre compte de cet ouvrage qui, disons-le d’emblée, n’est peut-être pas le meilleur de son auteur. L’œuvre multiforme de Jean-Pierre Dupuy a traversé plusieurs domaines : la critique des modes de production d’abord, où il s’est attaché, dans le sillage d’Ivan Illich et d’André Gorz, à mettre en évidence les phénomènes de contre-productivité qui surgissent au-delà d’un certain seuil, quand l’institution (l’école), ou l’outil (la voiture, le médicament, l’hôpital) cessent de servir, et se retournent contre leurs finalités déclarées, l’éducation, la mobilité ou la santé…

Aiguillonné par René Girard, Dupuy s’est ensuite consacré à de stimulantes analyses du nouage du nous rassemblées sous le paradigme de l’auto-organisation : pouvons-nous nous grouper et dire nous autrement que sous une transcendance, que le corps social, dans un même mouvement, à la fois expulse et méconnaît comme son œuvre propre ? La genèse (endogène) de la loi, de l’autorité, des dieux ou du symbolique en général n’oblige les hommes qu’à condition de leur revenir de l’extérieur, dans la méconnaissance ; et le phénomène du bouc émissaire illustre par excellence ce mécanisme par lequel nous séparons le mal du bien, ou un Autre de nous, en polarisant sur ce tiers exclu une violence qui éponge celle des hommes entre eux ; la paix se rétablit (pour un temps), et les sacrificateurs peuvent adorer comme un dieu bienfaisant le méchant diable qu’ils ont chargé de tous les péchés… L’extériorisation de la violence, son auto-transcendance et son retournement en instance pacificatrice offrent ainsi le paradigme de l’émergence d’un ordre symbolique en général : le bouc émissaire n’est pas seulement l’exemple premier de la substitution, donc de la fonction symbolique au sens large, mais cette genèse peut éclairer celles de la monnaie, des lois, du contrat social selon Rousseau, et tous les mécanismes par lesquels les hommes s’inventent un surplomb stabilisateur de leurs guerres et, accessoirement, de leur identité ou leur culture.

Après un stimulant détour par le carnaval et par la panique, qui exaspèrent nos "crises mimétiques", Dupuy a consacré plusieurs livres aux représentations des catastrophes, et aux façons de prévenir celles-ci par des annonces appropriées. Il revisite ces diverses problématiques dans La Marque du sacré, au fil de chapitres qui paraîtront décousus à qui ne connaît pas de longue date sa pensée. Les entretiens radiophoniques qu'il vient de donner à France-culture (chez Ali Baddou, puis Antoine Mercier pour parler de "la crise") risquent de décevoir le lecteur qui se précipitera sur ce livre : autant le propos oral de Dupuy semble facile à assimiler, autant cet ouvrage rebutera par sa construction disparate, et par une rédaction obscure ou sophistiquée à l’excès. Essayons cependant de tirer de cet ensemble touffu quelques fils.

Titre du livre : La Marque du sacré
Auteur : Jean-Pierre Dupuy
Éditeur : Carnets nord
Date de publication : 22/01/09
N° ISBN : 2355360146
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3 commentaires

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Fabrice

22/01/10 10:29
Il me semble au contraire que le sacré est "la nature" au sens moderne du terme : la technologie, dont l'évolution est profondément hégélienne (l'homme se divinise peu à peu, atteint l'instantanéité, l'ubiquité etc.). La destruction de la nature serait la destruction de la conception moderne de la nature et donc la fin de la foi dans la vérité technologique et son cortège de catastrophes - nécessaires, bien sûr, puisqu'il s'agit d'un historicisme, un mal nécessaire pour un bien/des progrès ultérieurs, ainsi va "le développement". Rosset ne peut aboutir qu'à un nietzschéisme absolu, un désenchantement au sens de Weber, en détruisant la nature il détruit aussi la culture, le politique, bref tout, puisqu'il n'y a dès lors plus de points de repères qui puissent être considérés comme extérieur au sujet.
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Paulo

19/01/10 16:18
Le livre - comme les précédents - est tortueux mais riche de références et de propositions multiples. Une belle introduction - sûrement pas orthodoxe - à la sociologie pour des non spécialistes. Quelques idées fortes, très fortes. Dupuy serait-il "enragé" de voir le "lâche" consensus actuel sur le rôle de la science, sur la fin des transcendances, sur le continuum matérialisme-évolution-neurobiologie-cognitivisme-illusion politique ? On a l'impression que pour lui, comme pour Girard, il y a sur terre, d'abord la violence et que "tout le reste" ne compte pas !
Confidence : je ne regrette pas d'avoir lu les derniers livres de Dupuy !
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Thomas Lévy-Lasne

16/05/09 17:21
Merci pour cette critique. Il est flagrant que Jean-Pierre Dupuy a raté son "livre somme", le résumé de son oeuvre, son bilan. Cherchait-il trop de cohérence dans son parcours chaotique et passionnant? Le fait est qu'il est plus conseillé de lire "Pour un catastrophisme éclairé" ou "Avions-nous oublié le mal ?" pour approcher son travail passionnant.
Je trouve que Jean-Pierre Dupuy pose d'excellentes questions et décrit très bien pourquoi nous ne voulons pas nous les poser. Il n'y aura plus personne pour lui donner raison si il a raison.
Là où le livre qui se voulait un approfondissement de son travail, butte, c'est comme vous l'avez bien remarqué sur la notion de nature. En bon rousseauiste, il ne prend pas la peine de distinguer ce qu'est la nature.
Tout s'effondre. On peut comprendre ses appels à la sacralisation sous cet angle. Un destruction sans appel de l'idée de nature aurait les mêmes conséquences qu'un enchantement. Il faudrait lire la thèse de philosophie du jeune Clément Rosset (à l'époque) "L'anti-nature" (édtion quadrige/ PUF 1973) .

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