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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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La "cosmologie" de Lévi-Strauss au prisme de l’anthropologie des savoirs
[lundi 18 mai 2009 - 05:00]
Ethnologie, Anthropologie
Couverture ouvrage
Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss
Wiktor Stoczkowski
Éditeur : Hermann
343 pages
Résumé : Stoczkowski dissèque la ‘vision du monde’ de Lévi-Strauss dans un livre qui se démarque de ceux publiés à l’occasion du centenaire de l’anthropologue.
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Wiktor Stoczkowski se propose dans Anthropologies rédemptrices d’appliquer aux productions de la "Culture" savante occidentale, que l’œuvre de Claude Lévi-Strauss illustre, les méthodes et les principes que les anthropologues ont développés pour appréhender les "cultures" non-occidentales. Il entend réaliser ce programme en donnant corps à l’idée selon laquelle les théories académiques contemporaines sont traversées, de la même façon que les cultures indigènes étudiées par l’ethnologie classique, par des visions globales du monde, c’est-à-dire des "cosmologies" relativement cohérentes et structurées, qui portent "sur les êtres, les objets et les puissances censés peupler le réel, sur leurs propriétés, leurs rapports, leur origine et leur devenir" (p. 17).


Une énigme à résoudre

L’ouvrage part d’un fait énigmatique : l’apparente contradiction entre Race et histoire, publié par Lévi-Strauss en 1952, et Race et culture, paru en 1971. Alors que le premier texte vise à réfuter la thèse de l’inégalité des cultures en définissant le "progrès" culturel comme le fruit de la collaboration entre différentes cultures, le second valorise à l’inverse "ces vieux particularismes auxquels revient l’honneur d’avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie" (p. 48). La réédition de Race et culture en 1983, dans le contexte du développement de l’extrême droite en France, fit apparaître comme "scandaleux" le second texte de Lévi-Strauss sur le racisme, qui y affirme que "toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même à leur négation" (p. 104).

Stoczkowski s’intéresse donc à ces deux textes : y affleurent en effet un certain nombre d’engagements de Lévi-Strauss sur ce qui constitue la nature de l’homme et de la société (la dimension "ontologique" de la cosmologie lévi-straussienne, pour reprendre la terminologie de l’auteur), sur l’origine des maux humains (la dimension "étiologique") et sur les moyens, ou l’absence de moyens, pour remédier à ces maux (la dimension "sotériologique"). Alors que les deux premiers chapitres rendent compte des contextes socio-historiques immédiats de production et de réception des deux textes sur le racisme, les trois chapitres suivants s’attachent à mettre au jour la vision globale de l’homme et du monde sous-jacente à Race et histoire comme à Race et culture. Stoczkowski montre que la cosmologie lévi-straussienne est caractérisée par un système de deux "étiologies" (explosion démographique et humanisme occidental anthropo- et ethnocentré), et par des considérations sur les moyens de "sortie hors du mal" (les deux "sotériologies" correspondantes aux deux diagnostics initiaux : le "salut individuel par la contemplation de la vacuité du monde", et "la conception de la rédemption collective, dans le monde éphémère, grâce aux bénéfices de l’humanisme véritablement parachevé"). A l’opposé d’un quelconque racisme, l’humanisme "généralisé", qui véhicule une forme de salut intramondain dans la cosmologie de Lévi-Strauss, intègre en son sein toutes les cultures humaines, de même que toutes les espèces vivantes. L’anthropologie,  qui prend pour objets d’étude différentes cultures où l’homme n’est pas conçu séparément de la nature et du monde, devient ainsi l’instrument de ce véritable humanisme à visée salvatrice. Le pluriel du titre s’éclaire alors : si "l’anthropologie" académique représente une sagesse pour Lévi-Strauss, c’est parce qu’elle fait surgir des "anthropo-logies" rédemptrices, c’est-à-dire des conceptions de l’homme propres à des cultures non occidentales, dans lesquelles ce dernier est envisagé comme une partie intégrante de la nature, et non comme son arrogant "maître et possesseur".


La formation d’une vision du monde aussi souterraine que déterminante

Dans la seconde partie de son ouvrage (chap. 6 à 12), Stoczkowski affine considérablement sa reconstruction de la cosmologie lévi-straussienne, en la replaçant dans la diachronie du parcours intellectuel de Lévi-Strauss, et restitue au fil de ce parcours la base ontologique de sa vision du monde. Au terme de ce périple biographique et intellectuel, appréhendé dans le détail et à travers des publications souvent délaissées par les exégètes de Lévi-Strauss, ou des textes restés parfois même inédits, l’auteur résume les évolutions et inflexions de la cosmologie lévi-straussienne dans ses dimensions ontologique (nature de l’homme et de la société), étiologique (dénaturation de l’homme et de la société) et sotériologique (retour aux propriétés essentielles de l’homme et de la société, ou adaptation résignée aux imperfections du monde).

Titre du livre : Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss
Auteur : Wiktor Stoczkowski
Éditeur : Hermann
Date de publication : 05/05/09
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11 commentaires

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Cédric

21/04/10 17:40
Vous avez raison MM Quinon et St Martin, ce livre dépasse tout ce qui a été écrit sur CLS à l'occasion de son centenaire. J'avais découvert l'analyse de Stoczkowski de la "cosmologie lévi straussienne" dans son article publié dans le num 182 de L HOMME en 2007. Quelle finesse analytique! Un texte quasi métaphysique, contre les catéchismes antiracistes qui nous permettent certes de maintenir un cap humaniste (et encore) mais n'apporte pas grand chose à la pensée, puisqu'il fonctionne selon le monde binaire de l'indignation ou de l'apologie. Stoczkowki montre brillament ici comment l'anthropologie culturelle permet de comprendre nos propres sociétés...

Cordialement
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Arnaud Saint-Martin

04/06/09 11:11
De grâce, cessons-là cet échange qui n’en est pas un. Ça ne sert à rien, c’est totalement hors-sujet. Quand je pense à l’investissement que requiert une telle recension, et en comparaison le peu de temps que demande la publication d’un maigre commentaire… Navrant. Certes, on devra s’y faire, au web 2.0.
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Rugby

04/06/09 11:06
Au passant ordinaire
Nous parlions bien du film "Looking for Eric" ? Pratiquer le football et le filmer n'est pas la même chose. Quand bien même celui qui fait un film a joué au football. Ce n'est pas parce que Goya a peint la guerre que la guerre est esthétique. Ce n'est pas parce que Ken Loach filme, aime et joue au football que cela fera du football un sport dégagé de l'invective (vous remarquerez comment opère la violence verbale de certains supporters de football).
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Passant ordinaire

03/06/09 22:35
Anthropologie et football, quelle belle équipe.

Ken Loach est un ancien joueur amateur de football et qui plus est vit avec sa famille à Bath en Angleterre où il est supporteur et actionnaire du club local de football .

Il a joué et a filmé un sport qu'il connait depuis son enfance.
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Rugby

03/06/09 18:53
A Eric
Il ne vous aura pas échappé que Ken Loach a filmé le football et non joué au football. La nuance a, grosso modo, la taille d'un argument.
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