Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Le couple Bergé-Saint Laurent est en passe de devenir un mythe dans l’imaginaire de la société française. Plusieurs éléments concourent à cette évolution : la liberté pionnière d’un couple homosexuel, la stature d’un Saint Laurent icône de la mode française et l’inscription forte des deux hommes dans l’histoire artistique et culturelle du pays, leur influence dépassant les strictes limites de la mode. La personnalité de Bergé n’y est pas étrangère. Homme engagé, péremptoire, cultivé et richissime, il échappe aux cadres établis : patron du mensuel gay Têtu, président du Sidaction, ami des arts, mécène généreux, grande figure mondaine et surtout – c’est ce qui l’a propulsé sur la scène médiatique – ami, confident et soutien de François Mitterrand pendant plusieurs années.
Saint Laurent et Bergé ont constitué ensemble une monumentale et prestigieuse collection de mobiliers, d'objets et d'oeuvres d'art de plus de 700 pièces, envahissant peu à peu leurs hôtels particuliers respectifs. Cet ouvrage - qui contribue à la construction du mythe - présente des reproductions des 70 tableaux et dessins de la collection dont on peut admirer l’extrême qualité. Des œuvres allant du XVIe au XXe siècle la composent. On remarque notamment des ensembles exceptionnels de Géricault, de Mondrian, de Juan Gris, de Fernand Léger, et des œuvres magnifiques d’Ingres, de Frans Hals, de Pieter de Hooch et de Goya (ce dernier ayant fait l’objet d’un don au musée du Louvre).
Pierre Bergé explique sur plusieurs pages comment s’est constituée cette collection : beaucoup plus à l’intuition que par la volonté de construire un ensemble cohérent. La fréquentation assidue des marchands et le hasard des rencontres avec certaines œuvres ont suscité des décisions d’acquisition qui se sont imposées sans hésitation. Pour autant, Pierre Bergé ne parvient pas à analyser précisément la nature du désir qui a conduit les deux hommes à s’engager dans cette démarche : il l’explique un peu banalement par l’idée de vivre "avec la création", ce qui d'ailleurs est récurrent chez nombre de collectionneurs.
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