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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Accueillir Levinas
[jeudi 30 avril 2009 - 13:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Levinas et le contemporain. Préoccupations de l'heure
François-David Sebbah
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
224 pages / 14,25 € sur
Résumé : L'étrange actualité de Levinas.
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"Ce qui nous arrive : savoir l’accueillir comme une chance, n’en rien préjuger et s’ouvrir sans réserve ; savoir résister à l’air du temps, surtout quand les temps sont sombres"   : c’est le beau début du livre de François-David Sebbah, et sa double injonction contradictoire. De fait, comment mieux accueillir ce qui vient qu’en l’abordant à la lumière d’une philosophie de l’ouverture inconditionnée, comme celle de Levinas ? Ainsi, "mêler" Lévinas aux préoccupations de l’heure n’est pas de "pur hommage"  : c’est la philosophie de Levinas elle-même qui nous apprend à quérir cela, qui fait la préoccupation du jour. Le titre Levinas et le contemporain n’indexe donc pas seulement la volonté d’apparier une philosophie aux questions du présent, mais il annonce déjà le sens d’une lecture de Levinas, le désignant comme le philosophe de l’actualité même, en ce qui l’ouvre et qui la transit.

De quoi, toutefois, le jour (le "nôtre") est-il préoccupé ? Le livre de F.-D. Sebbah s’articule en six chapitres qui questionnent cinq thèmes de notre actualité : la guerre ; l’incivilité sociale ; la judéité ; le clonage ; les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). L’unité de ces six chapitres, cependant, ne se réduit pas à leur assignation temporelle commune dans un "maintenant" purement chronologique : ils soulèvent tous, chacun à leur manière, la question de notre capacité d’accueil de – et de résistance à – ce qui se produit comme le plus inédit, voire comme le plus violent, de ce présent qui est le nôtre. Je me contente ici de signaler au lecteur les moments décisifs du parcours de Sebbah, dans l’ordre où le livre les enchaîne.

Les deux premiers chapitres ("I. C’est la guerre" et "II. L’évidence tout court (De la guerre à nouveau)") rappellent l’articulation principielle de la philosophie levinassienne : de l’être à l’autrement qu’être. En effet, si l’analyse phénoménologique fondamentale menée par Levinas révèle que "l’Être est violent : plus, que l’Être est violence et n’est que violence", et "que la violence est l’essence de l’essence" , elle ne s’épuise aucunement dans la gestique de cette attestation : elle s’excède en effet jusqu’au point d’ "ouverture sur l’au-delà de la guerre et du bonheur égoïste, sur l’au-delà de leur intime solidarité", découvrant, "l’Infini dans le visage d’autrui" . C’est en ce sens que chez Levinas, comme le rappelle F.-D. Sebbah, "être ne suffit pas"  : ce que l’on pourrait répéter, ici, sous cette forme : le présent ne se suffit pas à lui-même. À entendre : du présent, il faut savoir reconnaître l’excès pur qui l’habite, et le délivre comme un événement imprescriptible et, en un certain sens, "violent" ; mais du présent, il faut savoir se garder, afin de trouver les ressources, au sein même de l’accueil, d’une résistance à l’iniquité aveuglante du jour.

Le troisième chapitre du livre s’interroge sur "La Politesse de Levinas", dans une société devenue incivile. Levinas, on le sait, laisse entendre que toute sa philosophie pourrait se trouver rassemblée dans la formule "Après vous Monsieur". F.-D. Sebbah s’emploie, dans ce chapitre, à expliciter la "teneur phénoménologique"  de ladite expression – teneur qui lui paraît consister en quatre traits : 1. "Il s’agit d’une pure adresse"  . 2. S’y déchire "le sensible à même le sensible", effaçant le corps au profit du visage (de l’autre)  . 3. Elle renvoie à une "mise en situation singulière"  , et non à la simple application d’une maxime universelle et abstraite. 4. L’"Après vous Monsieur" signe un moment dissymétrique, où, "dans l’éclair d’une politesse", le temps est "hors de ses gonds"  . La civilité n’est donc pas le fruit de l’obéissance à une règle, ou d’un comportement mécanique visant à promouvoir la paix sociale : elle a lieu, à chaque fois, dans la singularité d’une rencontre, et dans le déchirement du temps et de l’espace (i.e. du sensible) qui ouvre à l’autrement qu’être : la lecture de F.-D. Sebbah permet donc d’échapper aux deux "conformismes réactifs qui font florès (réclamer l’ordre, la règle et la sécurité, ou bien lire en toute incivilité une révolte comme telle toujours légitime)"  .

Titre du livre : Levinas et le contemporain. Préoccupations de l'heure
Auteur : François-David Sebbah
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
Collection : Expériences philosophiques
Date de publication : 05/02/09
N° ISBN : 2846812438
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