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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Le communisme par balles
[jeudi 30 avril 2009 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d'un meurtre de masse 1937-1938
Nicolas Werth
Éditeur : Tallandier
335 pages / 21,85 € sur
Résumé : Ce tableau de la Grande terreur donne la mesure d’un événement trop méconnu de l’histoire soviétique.
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Hasard et rationalité dans le choix des victimes

« En 1937-1938, écrit sobrement Nicolas Werth, un Soviétique sur cent fut condamné et un sur deux cents fusillés » (p. 235). Qui étaient les victimes, comment étaient-elles ciblées par la répression ? La première « opération secrète de masse », dite « Opération koulak » visait à « éliminer une fois pour toutes » un ensemble d’ennemis traditionnels du régime : « ex-koulaks », « gens du passé », membres du clergé, anciens membres de partis non bolcheviques, auxquels s’ajoutent les « éléments socialement nuisibles ». Elle serait complétée par une dizaine d’opérations « nationales » : « polonaise », « allemande », « lettone », « finlandaise », « grecque », etc. Les cibles de ces opérations étaient les immigrés, les soviétiques ayant des origines ou des liens familiaux étrangers, mais aussi les habitants des régions frontalières. On voit à cette occasion se constituer un nouveau registre de l’idéologie, qui persista aussi longtemps que le régime et devint même central : l’hostilité à l’égard de l’étranger et de ceux qui ont été en contact avec l’étranger, hostilité où se mêlaient méfiance paranoïaque et franche xénophobie. On pourrait parler de la rationalité délirante de ces opérations qui combinent une procédure minutieuse et une indifférence délirante à la réalité. En Turkménie, les responsables du NKVD avaient donné l’ordre de ne jamais relâcher un individu arrêté, même si c’était par erreur. On rit malgré l’horreur à cette initiative du NKVD de Gorki qui, ne trouvant aucun « ancien prisonnier de guerre allemand resté en URSS », décida de réprimer les anciens soldats russes qui avaient été prisonniers en Allemagne pendant la Grande Guerre ! On ajoutait souvent au dossier d’un condamné un faux rapport sur l’origine de classe. Il ne s’agissait pas de bavures locales. Une étude de Mémorial montre que les statisticiens du NKVD corrigeaient les données sur la « composition sociale » des personnes arrêtées pour les mettre en conformité avec la mythologie prolétarienne. À Kiev, la liste des condamnés dans le cadre de l’opération polonaise comprend des paysans d’origine polonaise, des frontaliers, mais aussi une danseuse de l’Opéra qui avait eu une liaison avec un diplomate polonais en 1934-1935, une ex-noble russe, née à Vilnius, qui avait gardé des contacts familiaux et amicaux à l’étranger et recevait occasionnellement des petites sommes d’argent qu’elle redistribuait à des amis dans le besoin (on songe à la comtesse berlinoise interprétée par Lila Kedrova dans Le rideau déchiré d’Alfred Hitchcock, qui ne rêve que de partir à l’Ouest et se sacrifie pour sauver Paul Newman poursuivi par la STASI).

Pour une nouvelle comparaison entre nazisme et communisme


Un des points les plus débattus de la théorie du totalitarisme et de la comparaison entre nazisme et communisme est l’idée que le totalitarisme se caractérise par la désignation d’un ennemi imaginaire. Le propre de la terreur totalitaire est qu’elle n’a pas besoin d’ennemis véritables pour se déchaîner. Cette analyse correspond à l’évidence au statut de la race juive et du complot juif dans l’idéologie nazie. En revanche, le ciblage d’ennemis de classe par le communisme ne conserve-t-il pas une certaine rationalité sociologique ? On peut objecter à cet argument que les classes dans l’idéologie bolchevique sont des pseudo-classes, comme les races de la vision du monde nazie sont des pseudo-races. Le déroulement de la Grande Terreur apporte une confirmation concrète de cette vue. L’identification des koulaks et autres groupes dangereux est purement idéologique, toute la machine répressive travaille à remplacer la réalité par l’idéologie, avec ses travestissements, ses inventions, ses inversions, ses apparences procédurales destinées à masquer qu’on arrête en fait n’importe qui. De ce point de vue, l’entreprise à première vue purement factuelle de Nicolas Werth ne devrait pas manquer de faire rebondir les discussions théoriques sur le totalitarisme et cette comparaison qui fâche….
 

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1 commentaire

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Luc

04/05/09 16:53
"Les grandes purges des élites qui déciment le Parti de 1934 à 1938 vont fonctionner comme événement écran."
C'est un peu vite dit... On peut aussi penser que l'élimination de tous les dirigeants du parti bolchevique de l'époque de Lénine était la condition de la terrur de masse : ils auraient pu faire obstacle à cette politique folle.

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