Newsletter

Pour s'abonner gratuitement à la newsletter hebdomadaire, indiquez votre adresse email :
ok

Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité.

Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

Les idées sur le Web

Les think tanks au service des territoires !
Numéro 10 de la revue Think consacré aux territoires
Le communisme par balles
[jeudi 30 avril 2009 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d'un meurtre de masse 1937-1938
Nicolas Werth
Éditeur : Tallandier
335 pages / 21,85 € sur
Résumé : Ce tableau de la Grande terreur donne la mesure d’un événement trop méconnu de l’histoire soviétique.
Page  1  2  3  4 

En dépit de la banalisation de la violence depuis la révolution d’octobre, le déclenchement de la Grande Terreur à l’été 1937 marque une césure dans la trajectoire du régime soviétique. Les années 1937-1938 forment un paroxysme à part, dans une histoire pourtant peu avare en paroxysmes : 750 000 personnes exécutées  — et autant condamnées à dix ans de Goulag (200 000 y périront) —, c’est, en seize mois, plus des trois-quarts des condamnés à mort par des juridictions d’exception de toute la période qui va de la fin de la guerre civile  à la mort de Staline (1921-1953). Ce « meurtre de masse » a été longtemps un secret bien gardé. L’opération qui commence le 30 juillet 1937 est un programme gigantesque, mobilisant l’appareil du NKVD dans tout le pays, mais qui devait rester secret. Très peu d’informations filtreront jusqu’à l’ouverture des archives à partir de 1992. Les réhabilitations de survivants se feront dans la discrétion.  

Les grandes purges des élites qui déciment le Parti de 1934 à 1938 vont fonctionner comme événement écran. Elles sont, elles, très bien documentées, puisque le régime les met en scène : les grands et petits procès sont des opérations de pédagogie politique, un « formidable mécanisme de prophylaxie sociale » (Annie Kriegel). Plus tard, les purges continueront à jouer leur rôle d’écran, rejetant dans l’ombre la Grande Terreur en accréditant l’idée que les communistes furent plus les victimes que les responsables des « crimes de Staline ». En un sens, les faits étaient connus depuis longtemps dans leurs grandes lignes, grâce à quelques témoins et au travail pionnier de Robert Conquest (La grande terreur, Paris, 1969), mais ils restaient dans l’ombre des purges, avec lesquelles on les confondait souvent.
 
Du « détail » en histoire

Mais les faits (et leur poids d’humanité) ne sont pas dans les « grandes lignes » : on pourrait dire que cette maxime commande l’œuvre de Nicolas Werth. La mise au jour des détails de l’entreprise introduit « un changement de perspective fondamental » (p. 19). On s’attendrait ici à des révélations, à des thèses inédites sur les acteurs de la Grande Terreur et le sens historique de cet épisode. Nicolas Werth s’attache plutôt à décrire, à reconstituer les détails et, en même temps, le tableau d’ensemble, de la base au sommet. Et c’est par cette modestie que ce livre est un grand livre. On y retrouve ce talent des historiens qui savent entraîner le lecteur dans les recoins des archives et des petits faits, tout en lui donnant un sens de l’ensemble. Nicolas Werth livre certes quelques hypothèses sur les origines et la signification historique de la Grande Terreur, mais il restitue d’abord l’opacité de l’événement, l’énigme qui persiste, quelles que soient nos connaissances et nos théories sur le totalitarisme soviétique. De façon significative, ces éléments d’interprétation se situent au début du livre, pas dans une conclusion consacrée à la mémoire. L’ouvrage est d’ailleurs dédié aux membres de « Mémorial », une association qui se bat en Russie pour l’ouverture des archives. La modestie de l’historien est commandée par l’idée que, dans le cas de l’histoire soviétique, la mémoire et l’histoire vont de pair. L’intelligibilité historique y est inséparable du travail de la mémoire, de la possibilité pour les ex-soviétiques de lever la chape de plomb qui pèse encore sur leur histoire, ne serait-ce que parce que l’accès des historiens aux archives, toujours restreint, est dépendant du combat des militants de la mémoire.

Titre du livre : L'ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d'un meurtre de masse 1937-1938
Auteur : Nicolas Werth
Éditeur : Tallandier
Date de publication : 05/03/09
N° ISBN : 2847345736
Page  1  2  3  4 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

Luc

04/05/09 16:53
"Les grandes purges des élites qui déciment le Parti de 1934 à 1938 vont fonctionner comme événement écran."
C'est un peu vite dit... On peut aussi penser que l'élimination de tous les dirigeants du parti bolchevique de l'époque de Lénine était la condition de la terrur de masse : ils auraient pu faire obstacle à cette politique folle.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

RECHERCHER

ok
> Recherche avancée