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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Et si on refaisait de l'histoire ?
[lundi 04 mai 2009 - 05:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Et si on refaisait l'histoire?
Anthony Rowley, Fabrice d'Almeida
Éditeur : Odile Jacob
220 pages / 17 € sur
Résumé : Amertume et fadeurs d’un petit essai contre-factuel dont la texture faisait pourtant saliver.
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C’est faire peu de cas du mot, magique en histoire : le contexte, autrement dit ce qui rend profondément social («hétéronome» pourrait-on dire) n’importe quel individu. La contextualisation, ou la reconstruction de «configurations» sociales, permet de souligner les décalages culturels, de faire ressortir le rôle des institutions, et par là-même de mettre en évidence les capacités d’innovation des individus. Pour prendre un exemple extérieur au livre, l’instauration de l’ère Meiji au Japon (1868-1912) n’est pas le fait d’un seul homme tout-puissant (l’empereur), situé au sommet d’une pyramide féodale. Il faut pouvoir examiner, puis articuler, une multiplicté de facteurs (les traités commerciaux avec les États-Unis, l’envoi d’observateurs en Allemagne, la reconversion des samouraï en hommes d’affaires, la religion shintoïste etc.) qui, a posteriori, ont rendu en quelque sorte inévitable la manière dont les choses se sont passées. Les uchronies de F. d’Almeida et A. Rowley auraient donc sans doute pu rendre justice à l’écheveau complexe de chaque situation qu’ils examinent. Mais des choix simplistes ont été faits : ni précautions rhétoriques et idéologiques, ni alternatives vraisemblables et crédibles, ni contextualisations précises. Ce livre est donc à déconseiller à tout lecteur qui voudrait nourrir sa réflexion épistémologique, ou qui voudrait s’amuser un peu du passé. A celui-ci, F. d’Almeida et A. Rowley eux-mêmes conseillent Alexandre Dumas et autres excellents fabricateurs de fictions historiques (plus récemment, Philippe Roth, dans Le complot contre l'Amérique, a imaginé que, Lindbergh élu président, les Etats-Unis d'Amérique auraient pu pactiser en secet avec l'Allemagne nazie ; quant à Roger Caillois, il avait ouvert le bal avec la superbe méditation de Ponce Pilate précédant son lavement de mains...). On ne saurait mieux dire.

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2 commentaires

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Lady X

26/07/11 17:36
une grande déception ! la notice précédente est parfaite, j'y souscris pleinement. Il reste à écrire le livre que l'on attend autour de cette riche idée.
Carcopino dans son Profil de conquérants se plait à un récit de la sorte: "Si Brutus n'avait pas osé". C'est autre chose ! Messieurs, prenez modèle, volià le Maitre !
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Hohrod

07/05/09 12:11
Ce livre souffre surtout d'un défaut rédhibitoire: il n'est crédible à aucun moment pour la seule raison que les hypothèses qu'il suggère, reposant sur l'imaginaire de ses auteurs, dérivent très vite dans l'invraisemblance. Les chapitres consacrés par exemple à la fuite à Varennes (ah! si elle avait réussi...) et à la guerre du Kippour (perdue ici par Israël) en sont la preuve accablante. Il est surtout dommage que les deux auteurs, par ailleurs parfaitement estimables et qui font même preuve de talent dans leurs débordements, se soient laissés entraîner à ce petit jeu d'après boire. Renouvier n'excuse pas tout, qui n'était pas historien, rappelons-le tout de même. On ne refait pas l'histoire comme on refait le match au bistrot du coin. Dommage encore une fois.

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