On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le récent voyage en Europe de Barack Obama a rallumé la flamme de l’ "obamania", qui semblait s’être quelque peu affaiblie depuis l’investiture du président américain en janvier dernier. Ce séjour a néanmoins donné lieu à de nombreuses critiques aux Etats-Unis, certains accusant Barack Obama d’avoir trop donné aux Européens, en privilégiant la régulation au lieu de la relance, et en Europe, où d’autres ont jugé que le G20 n’avait pas tenu ses promesses de refondation et de "moralisation" du capitalisme, à la suite notamment des décisions prises sur les paradis fiscaux (aucun des Etats américains – Delaware, Nebraska par exemple – dotés de politiques fiscales fort avantageuses ne figurent sur la "liste grise"). Les partenaires européens se sont néanmoins accordés pour saluer le changement de ton des Etats-Unis en matière de politique étrangère ; la première puissance mondiale, bien que continuant à défendre ses intérêts et à affirmer ses prérogatives (par exemple sur la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne), est apparue ouverte à la collaboration, aux antipodes du discours tenu jusque-là par le président Bush.
Gardons-nous d’oublier, cependant, que la politique étrangère, bien qu’importante (Irak, Afghanistan), n’est pas le chantier principal du président Obama. Sa priorité reste son pays, qui peine toujours à se relever de la crise économique. Le chômage continue sa progression (il a atteint en mars le seuil historique de 8,5% de la population active), l’industrie automobile, en dépit des financements de l’Etat fédéral, ne se relève pas, et le système bancaire reste instable, malgré les plans successifs d’aide mis en place par le gouvernement.
La situation contemporaine est bien différente de celle qui existait en 1933, pendant la Grande Dépression, lorsque Franklin Delano Roosevelt devint le trente-deuxième président des Etats-Unis. Le chômage était à l’époque bien plus important (près d’un quart de la population active en 1932), la situation internationale tendue (Hitler fut élu chancelier en janvier 1933, Mussolini était au pouvoir en Italie, et la conférence de Londres de juin 1933 renforça le protectionnisme), et la pauvreté telle que de nombreux Américains ne parvenaient plus à se nourrir. Néanmoins, la référence à Roosevelt est devenue incontournable lorsque l’on parle de Barack Obama, et ce dernier a lu nombre de livres sur la grande dépression, y compris celui d’Adam Cohen, paru en janvier dernier.
Franklin Delano Roosevelt est arrivé au pouvoir à une période exceptionnelle. Il faisait suite au président Hoover, qui pendant longtemps avait nié la réalité de la Grande Dépression, comptant sur l’initiative privée pour relancer l’économie et sur les Etats ou les organismes caritatifs pour aider les pauvres. Comme il le dit en 1932 : "La prospérité est au coin de la rue". Roosevelt fut largement élu en 1932, et il disposait d’une large coalition, et de la confiance de la grande majorité des Américains. Son bilan en tant que gouverneur de New York était positif sur le plan social, et le nouveau président était charismatique et brillant, tout en demeurant proche de ses électeurs (à travers notamment la mise en place des "conversations au coin du feu" à la radio) et en étant un parangon de courage dans sa manière de vivre son handicap.
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